Année 4, num. 4 (oct.-déc. 1931) |
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177
1931 - 4e année - N°4- PRIX : 5 Frailes
vallespir
revue trimestrielle de littérature et d'art
france - calalogne
e é r e t (pyrénées-orientales)
DIRECTEURS : M ICHEL ARIBAUD - CHARLES BADIN
COMITÉ DE RÉDACTION :
JeanAMADlE, Edmond IMAZÉS, lPierre EIRIJNE, ',hierre CAMO, Victor
CHASTIVE, Carlos de LAZIERME, MANOLO, Henry MlUCHART,Henry
NOIELL, aoseph-S. 1PONS, Frédéric SAISSET, Francois rirnEs~.~
VALLESPIR
Etienne CANAL
Albert GRIMAUD
Edmond BRAZÉS
H. FRÉRE
Simone GAY
Jean LEBRAU
Carlos de LAZERME
Pau BERGA
Pierre CAMO
Caries GRANDO
Charles BADIN
Le Gérant, F. CASTEIL.
sommaire
Editorial
Fargues y Molins
Sur la VoieDomitienne
Amor de Mare
Lettre
Vora Mar
Les Roses de Vaissiere
Poemes
Ceret
Les Beaux-Arts
Aeolliment
Les Livres
Couverture de F. BASSOULS
Illustrations de Camille DESCOSSY et Pierre BRUNE
2:1_33001\T 1\Tmmnivrrs :
France et Colonies, un an 20 fr.
25 fr.
Chéques Postaux 4541 Toulouse Téléphone : 14
CÉRET, Imp. F. CASTEIL
E
EDITORIAL
A nos Leeteurs, a nos Amis
Ce numero de Vallespir termine la quatriéme année d'exis
tence de notre revue.
Nos abonnés voudront bien excuser le retard de quelques mois
avec lequel paran ce puméro. La longue maladie qui a frappé _notre
co-directeur Charles Badil, en est >la cause. Désormais, nous nous
efforcerons de faire paraitre nos numeros trimestriels avec le plus de
régularité possible.
• Au cours de l'année .1931, nous avons publié deux numéros spé
ciaux qui ont connu un tres vif succés. Le premier, consacré á. la re
production d'un manuscrit inédit de Marc Lafargue. Le deuxiéme
commémorant l'hommage rendu par la « Colla del Rossello », a Céret,
• au grand doyen des conteurs vallespiriens : Mossen Estéve Caseponce.
Notre but reste toujours le'méme : faire aimer ce que nous aimons,
exalter notre Roussillon, ses'écrivains, ses artistes, mettre a l'honneur
notre petiie Vine de Céret.
Pour 1932, nous envisageons d:ores et déjá un ou deux numéros
spéciaux, dont un sera conSacré en entier á la publication d'un essai
psychologique écrit en collaboration par Jean Tallez et Charles Badin :
« Du peuple catalan ».
Nous demandons avant tout a conserver l'estime de nos lecteurs
dont l'amitié nous est précieuse. Celle de nos annonciers qui par leur
appui nous permeitent de ne pas jeter ce tlambeau, ahumé voilá deja
quatre hivers.
A tous, au seuil de l'année nouvelle, nous adressons nos remer
ciernents et notre salut fraternel.
VALLESPIR.
2 vallespir
Fatigues y Molints
1VIelopea
Riberals del Vallespir,
tot seguint la vostra holla ;
vos hé vist lo vell moli,
vos hé vist la farga moda.
Pim y pam,
Molines de ferro.
Tit y tat,
Motines de blat.
Farga moría, moli vell,
del ríu Tech tan agradivol ;
qui vos ou lo balarell
que'l feya tan alegrivol ?
Pim... etc.
Farga negra, ta fornal
ne fa temps qu'es apagada ;
del martinet y ternal
jo t'hé vist desllongada.
Pim... etc.
Moli blanch, lo ten rodet,
n'es vestit d'una estranyina ;
desgairat n'és 'I trinquet,
també lo passa-farina.
Pim... etc.
Es 'I riu qu l'animat
del seu salt l'ostra lucilina
y Patrio que l-há cuydat
deixa fill qu'aqui destina.
Pirn... etc.
Eh l ne fa un manacial
d'eléctrica llurninaria
y de foro potencial
de la farga milenaria.
Pim y pam
Molins reviscólen
Tit y tat,
han reviscolat.
Al Eximit Caries Badin
Aymant del Vallespir.
ETIENNE CANAL.
vallespir
Sur la Voie Domitienne
N était au mois de juillet, dans la dix-huitiéme
année du régne de Tibére.
Les premiers rayons du soleil rasaient a
peine la créte des monts, quand le centurion Marcus
Valerius Sordonus quitta la petite auberge de La
Junquera oil 11 avait passé la nuit. A le voir marcher
d'un pas souple et rapide sur la voie romaine qui
montait au col du Perthus, nul ne se serait douté
que ce jeune officier venait des con tins de l'Espagne
citérieure et qu'il avait fait, en trois jours,- quatre
vingts milles á pied.
II était vétu d'une culotte fauve qui descendait
jusqu'a mi-cuisse et d'une courte turlique bleue
portant les insignes de son grade. Ses jambes et ses
bras nus avaient des muscles d'athléte ; sa téte
brune, aux traits réguliers et énergiques, paraissait
coulée dans le bronze. 11 allait, cheveux au vent, le
casque et la sacoche suspendus a l'épaule, le petit
glaive au cóté, faisant résonner la mute sous le
double choc rythmé de seS talons ferrés et de sa
canne militaire.
La chaussée, fort bien pavée, remontait en pente
assez douce la rive gauche du Llobregat, petit /affluent de la Muga-, de sorte que l'ascension était
aisée pour un marcheur aussi entramé. Soudain,
une large et profonde dépressiou s'offrit a sa vue :
on eút dit que la montagne, presque infranchissa
ble partout ailleurs, se montrait, la, accueillante et
abaissait sa rude échine afin de permettre a l'homme
de passer facilement d'un versant a l'autre. C'était
le SUMMU'M Pyreneeum des itinéraires, le col fameux
découvert jadis par Hercule, qui révéla aux Médi
terranéens l'existence de la grande voie naturelle de
l'Occident par oir communiquérent Africains, lbéres
et Celto-Latins, et ou circulérent, dans les deuxsens,
marchands, soldats et migrateurs de toutes races.
(1) Le !mine romain equivalan a 1481 mares 50 cm.
3
Valerius Sordonus, ayant atteint le point le plus
élevé du col, s'arréta quelques minutes avant d'en ta
mer la descente. Assis sur une borne milliaire, a la
limite géographique de la Gaule et de l'Ibérie,
contemplan averrémotion les rochers et les gorges
sauvages qui avaient vu passertour a tour Han nibal,
Pompée, César a la téte de leurs troupes. II connais
sait bien ces lieux, car ji était du pays qui s'étendait
en bas, dans la plaine, le vieux pagus des sordons
qu'on appelait maintennnt la Civitas Ruscino, d'u
nourde sa capitale. Et c'est a Ruseino que le cen tu
rion revenait aprés une longue absence ; Ruscino,
ou avait laissé ses plus dieres affections ; Ruscino
dont seulement vingt-cinq milles le séparaient et
oú, gráce aux dieux, jI serait rendu ce soir méme.
Sur cette pensée, it s'engagea allégretnent dans
le défilé qui avait ahrité les fabuleuses arnours
d'Hercule et de la nymphe Pyrénée. Le ciel s'était
subitement assombri ; un fort vent d'est amenait
des escadrons de nuages tous chargés de pluie.
Sordonus hátait le pas, de crainte d'étre surpris par
l'orage dans la « porte Bébrycienne ». Tout a coup,
un serpent de feu jaillit de la nue, suivi áussitót
d'un fnacas épouvantable. Notre voyageur se re
commandait mentalement á Jovi optimo maxinio
(Jupiter tres bou, trés grand), quand II entendit
derriére lui un galop precipité et des cris d'effroi. II
se retourna : un cheval, attelé a une voiture, s'était
emballé et descendait la cóte a une allure tellement
folie, malgré les efforts désespérés du cocher pour
le retenir, qu'une catastrophe était imminente.
N'écoutant que son courage, le centurion se jeta a
la téte du cheval, qui arrivait sur lui comme un
bolide, et se suspendit a la bride, prés du mors. L'animal, emporté par son elan, fit un grand bond ;
puis mattrisé par une poigne de fer, ji s'arréta, tout
écumant, a deux pas du profond ravin dans lequel
allait se précipiter.
4 vallesp r
Aprés avoir fait reculer le cheval, Marcus jeta
les yeux sur la voiture : ilaperrçut, derriét.e le co
cher hébeté, un homme distingue, aux cheveux
grisonnants, qui serrad dans ses bras une adorable
jeune fide ; elle était pále comme une morte et ses
seins soulevaient sa robe par saccades oppressées..
Ah! mon pére, quelle frayeur ! disait-elle.
J'ai bien cru que notre derniére heure était venue. »
Puis, són regard ayant rencontré celui de l'officier :
«Soyez remercié, monsieur, pour votre acte sublime;
vous venez de nous sauver la vie, en risquant la
vótre.»
Orri, cela est beau, reprit le pére ; d'antant
cine nous sommes pour vous des inconnus.
— Bah ! j'ai conclu un pacte, avec la mort ;
d'ailleurs, je n'ai fait que mon clevoir.
— Vous eles dans l'artnee, á ce que je-vois
— Oui, centurion á la XVI° légion Gallica, en
Tarragonaise. Je me norme Marcus Valerius Sor
donus el, me rends a Ruscino, mon pays natal.
— En ce cas, ne restez pas sous la pluie et
veuillez monter nous allons a Narbonne et ferons
route.ensemble jusqu'a Buscino... Bien Et mainte
nant, fouette cocher, mais sois prudent... Croyez,
cher monsieur, que Cneius Publius Severus, /rgatus
pro praetore prorineix Narbonensio 'I' et sa filie
Claudia seront heureux de faire plus ampleconnais
sanee avec leur sauveur...
Marcus était assis a, cóté du plus haut person
nage de la Narbonnaise aprés le gouverneur ! A cette
annonce, son visage marqua une telle stupéfaction
que Severus et Claudia éclatérent de rire..11 se
ressaisit'aussitót, ne voulant pas paraitre ridicule :
Je vous presente mes humbles hommages, dit-il
en s'inclinan. Merci pour le grand honneur que
vous me faltes.
— Mais non ; c'est moi qui vous renaercie. Vous
nous tiendrez compagnie et, puisque vous connais
•sez le pa.ys, vous nous servirez de cicerone. Quel est
ce torrent qui mugit a notre gauche ?
— C'est la petite riviére de Roma, que l'orage a
fait grossir subiternent ; la route la cótoie jusqu'au
bas de la rampe. Nous entrons, maintenant, dans
(1) Légat (ou lieutenant) du proconsul de la province
prétorienne Narbonnaise.
l'étroit couloir qui constitue la partie inférieure du
défilé ; le carré de jour que vous apercevez devant
vous en marque la sortie.
Tiens, voilá, des constructions ; on dirait une
forteresse.
— C'est, en effet, le fort des Clausuras qui
ferme le passage mieux que ne le ferait une porte
d'airain, et qui garde en méme ternris les Trophées
de, Pompée.
--- Si je n'étais pressé et si je ne voy ageais inco
gnito, ce serait une excedente occasion d'inspecter
le fort. Néanmoins, nous allons faire une petite
halte á la taberna qui se trouve si opporlunément
sur notre chemin. Cela nous permettra d'attendre
une accalmie qui ne saurait tarder. »
Le tavernier accueillit les voyageurs avec une
obséquiosité d'antara plus grande qu'il comprenait
avOir affaire á des liótes de marque. Sa clienléle
habituelle se recrulad parmi les gens du peuple :
rouliers, marchands paysans, soldats, pélerins,
friands du gros vin de pays,á l'arriére-goút, de poix.
Quand, d'aventure, daignait s'arréter-l'un des 110M
breux courriers impériaux a clieval qui allaient de
Borne ou de Narbonne a Tarragone, par la Via Do
mitia, notre cabaretier marquait cejour d'une pierre
blanch,e. Mais jamais encore sa maison n'avait été
honorée par la ven ue de personnages voyageant en
si bel équipage. A ussi-, courait-il affaire, avec son
gros ventre et sa trogne bubelée, donnant des
ordres á ses deux esclaves pour qu'on allume vive
ment un grand t'en et qu'on prepare des boissons
chaudes sucrées au miel, qu'il porta lui-mérne céré
monieusement aux trois voyag-eurs amusés.
Bientót la pluie cessa ; comme par enchante
ment, le cid l fut balayé par le vent du nord-ouest
et le soleil apparut, épandant sur la terre sa splen
deur am bree. La-haut, sur une platefornae dominant
la rolde, face au nord, un fastueux monument se
détachait dans Sordonus le montra á Claudia :
« Voilá les fameux Trophées, lui dit-il. Pompée
les fit ériger pour perpétuer le souvenir de ses vic
toires contre-Sertorius et Perpenna. Sur la faode
de l'édifice sont graves les noms des Iluit cent
soixanté-seize villes qu'il avait sortmises depuis les
(1) Aujourd'hui, le village de l'Ecluse-Haute.
•
vallespi
INIMITIMINIMIMIllawsz~~~¦•
Alpes jusqu'aux limites de l'Espagne ultérieure. A
la pártie supérieure, se dresse sa slatue. -Sur la
deuxiéme plateforme qui surplombe la voie, de
Pautre caté du délilé, vous apercevez un monument
beaucoup plus ,simple, en pierre de taille : c'est
l'autel que Jules César fitélever á son retour d'Espa
gne, ou u avait défait les lieutenants'de Pompée,
Afranius et Petreius, quelques mojs ávant la bataille
de Pharsale.
— Ce dernier monument est beaucoup plus mo deste que le premier, en effet. Les Trophées de Pompée sont magnifiques, et jis dominent orgueil
leusement les pentes pyrénéennes,; on doit les voir
de fort loin. II me plait que Rome ait place iei un pareil témoignage de sa grandeur et de sa puissance.
— Je partage ton sentiment, intervint Severus.'
ltome est immortelle et nous so-mmes fiers d'étre ses enfants. »
La vallée du Tech fut atteinte en un quart
d'heure. On s'arréta au relais imperial 7tnutatio) de
Centuriones pour changer de clieval, sur présen
tqautiiopnroaduuimsiatituren deeffeptorsnteagdiq'uune r(2é)•quAisictieotnenodffriociitelljei fallait franchir la riviére gué. Cette opération
pplruéisee,nqtauiqauvealqitupesrovdoifqfiucéulutnése elnégréariesoncrudee l;a mréaciesntlae
voiture était haute sur rones et le chaval avait le pied solide : aussi arriva-t-on sans trop de dégát sur
la rive gauche du Ten.
Evitant les bas-fonds marécageux, la voie Do
mítienne suivait ensui te, presque parallélement au fieuve, une ligue de petites collines, boisées par endroits, défrichées et cultivées en d'autres: II y
avait lá de grands domaines : Brouilla, Ortaffa, etc. Marcus les nommait au passage et montrait les belles
villas de leurs ricÚespropriétaires ; ehaquedomaine avait son temple, báti, le plus souvent, tout prés de
la route.
En débouchantdu bassin du Tech, les'voyageurs
aperçurent, dans le lointain, une immense nappe
bleue qui scintillait au soleil : c'était la mer. A &cine, la cate, rocheuse et déchiquetée, abritait les
Prés du Boulou.
tsrearnv(sé2p) oaLretls'aseedrnmvicicnoeimsdtmerautlinao.rnehiimcupléartiiaoleét;aiut uifny maovnaoitpoplaes rdée
5
anses de Caueolibris (Collioure), de Portus Veneris
(Port-Vendres) et de Cervera (Cerbérel, on finissait la
Gaule. Du srid au nord, régnait knn mince et recti ti
gne cordon littoral, bordé d'étangs. Devant soi, sur
un rocher isolé, était bátie (Dile);
compléternent déchue de sa grandeur passée. Le panoram- a était si beau et d'un caractére tellement
étrange que Claudia fit arréter la voiture pour le
contempler á son aise. Et Sordonus en éprouva une grande fierté, car II aimait son pays.
La route déscendait ensuite dans la plaine et
abordait la butte d'Illiberris. Lá, elle faisaít un coude
et se dirigeait vers le, nord, toujours en suivant les petites ondulations de terrain, qui s'élevaient de 40
á 80 pieds au-dessus du niveau de la mer et des
marais. Une route secondaire croisait la Via Domitia
prés d'Illiberris, desservait les petits ports de la
cate et, réduite a l'état de sentier muietier, passait
en Espagne par le col de Banyuls. C'est pourquoi
les ltomains avaient place, au point de croisement
de ces deux routes, un bureau de douane pour la
perception de la quadragesima Galliarum (quaran
fleme des Gaules) : les marchandises qui éntraient
en Gaule ou qui en sortaient étaient soumises á un droit de passage égal au quarantiéme de leur valeur.
« Rien a déclarer ! » lit Severus en montrant son diploma au douanier. Celui-ci salua respectueuse
nmeeilnlat,, eTthléazva,oiStuarleeilpleosu, rsCuaivbeitstsaanyc, oeutrsaeprpéasr. aCvoorir
atteint une sorte de plateau raviné, s'engagea entre
une double haie de tombeaux qui bordáient la route.
« Nous voici arrivés a Ruscino ! » s'écria joyeuse
ment Valerius Sordonus. Je vais avoir le plaisir de
vous faire les honneurs de rna ville ; car j'espere
bien que vous daignerez accepter l'hospitalité que je
vous offre chezmon pére, le déeurion BufiusValedus.
— Man cher Marcus, répondit Severus, je
jfneo'iassue, rracaoii mghamerudereeuodxne d,dmeéc'salaitntleuenerdrvvoaotrtreNeaadirmibgoanbnelneepéinrceve.tittTeatoinouunteit; méme, force me sera d'écourter mon séjour ici. »
Claudia gardait le silence. Sans Savoir ponrquoi, l'idee d'un proclrain départ la rendait maussade.
La voiture entra dans la ville par une porte
monumentale ; elle longea le forum, puis sur un
6
signe de Sordonus, s'arréta devant une belle maison
construite á la romaine. Pendant que des serviteurs
accouraient — jis avaient reconnu leur jeune maltre
et poussaient des exclamations joyeuses — Marcus
sauta lestement a terre, tendit la main á Claudia
pour l'aider a descendre el, entrainant ses hékles,
pénétra dans l'atrium plein d'ombreet de fraicheur ;
ilsgravirentun escalier de marbre qui donnait accés
á une galerie ornée de peintures. Le vieux Rufius
Valerius venait au-devant d'eux : Marcus se jeta
dans ses bras ; ji lui préSenta ensuite ses conapa
gnons de voyage.
‹, Je remercie, dit Rufius, l'illuslre gouverneur
légat de la Narbonnaise de l'honneur qu'ir me fait
en venant, me visiter avec sa charmante filie.
-- Vous avez devant vous, répondit Publius
Severus, un ami et un obligé de votre fiis ; par
conséquent, je vous demande en gráce de laisser le
protocole á la porte.
— Eh bien ! soit. Veuillez done entrer dans le
tricliniurn ; nous allons nous mettrea table.
— Ce n'est pas de refus, car le grand air a
aiguisé ndtre aPpétit. »
Au cours du repas, Severus lit le récit du sau
vetage accompli par Lucius. Puis, aprés un silence,
ji ajouta : u La dette que jai contractéeenvers vous,
mon cher centurion, je voudrais l'acquitter autre
ment qu'en vaines paroles. Vous plairait-il d'étre
attaché a ina personne en qualité d'officier d'ordon
,
trance ? »
Marcus, surpris, regarda Claudia : la jeune filie
lui sourit puis, rougissante, baissa la tete.
« Si j'accepte ? s'écia-t-il. Je suis ébloui par
votre offre trop généreuse, et jamais...
— C'est done une affaire entendue. Je me
charge d'obtenir de l'Empereur votre promotion de
grade et votre mutation... Mais l'heure avance, il
faut partir... Messieurs, je vous donne rendez-vous
Narbonne pour les Augustales du mois prochain. »
Le vieux Rutius reconduisit ses llenes jusqu'au
seuil de sa demeure. Le cocher attendait, avec la
voiture attelée d'un cheval frais. Les deux jeunes
gens restaient a cóté l'un de l'autre sans proférer
une parole.
Avec votre permission, fit soudain Marcus,
llesp ir
je vous accompagnerai jusqu'a la sortie de la ville. »
Ce disant, ji reprit sa place dans le véhicule, au
grand contentement de Claudia.
Ruscino était bátie sur une falaise au pied de
laquelle coulait le petit fleuve Tetis (la Tet).
pereur Auguste l'avai•álevée ai.i rang de colotrie
latine : elle portait officiellement le nom de Colonia
Julia Ruseino et était inscrite dans la tribu Voltina,
comme toutes les autres cites de droit latin de la
province narbonnaise.
« Certes, expliquait Sordonus, la ville est de
bien minime importance. Néanmoins, vous pouvez
voir quelle est assez coquette. Auguste et Tibére
l'out combiée de bienfaits. Elle a son forum orné de
statues, ses thermes aux saltes elegantes et spa
cieuses, son théátre et ses arenes pouvant recevoir
toute la population. »
Touten causant, on était arrivé non loin du
pont jeté sur la Tet. 11 fallait se séparer. La plaine
de la Salanque s'ornad aux regards des voyageurs.
Marcus, pour retarder le départ, leur montrait du
doigt la route qu'ils allaient suivre : la voie Dorni
tienne passait entre Bompas et Villelongue, á un
lieu ou s'élevait un saeellum paren ; puis, elle tra
versad l'Agli au pont de Peracals et atteignait la
station de Combusto, (ouest de St-Hippolyte) ; elle
se dirigeait ensuite sur Garrieux, Salsulis (Salses) et
aboutissait au pied de la blanche montagne des
Corbiéres, qu'elle gravissait pour éviter les étangs
et les lagunes de la cóte...
« Et maintenant, adieu et bou voyage », dit le
jeune homme.
— Non pas adieu, mon ami, mais au revoir, ré
pliqua Cneius Publius Severus.
-- A bientót, Marcus, et merci ! » I ui jeta Claudia
d'une voix étranglée qui le lit tressaillir.
Quand la voiture se fut. engagée, á vive allure,
dans la Salanque, Marcus Valerius Sordonus re
monta lentement vers sa maison. II songeait aux
événements de la journée et a la radieuse jeune filie
qu'Eros avait placee Sur son chemin. Et ji adressa
au jeune dieu cette invocation : « Puisses-tu, á fils
de Vénus, l'avoir blessée comme moi d'une des
lléches de ton carquois ! »
Albert GRIMAUD.
embolcallat.
v ahl es pi
Amor de mare
No's veu enlloch la fruyta riallera ;
en la masia, el grá ja és apilat ;
arrenca el vent del branch la cabellera,
y já l'aucell en el bosch s'és callat.
Sois, en el camp, duu la capsa dan rada
el blat de moro ab son tronch guara ressech ;
el cor matern té la saba estroncada,
sa fulla inorta algun cop fa un gemech.
Es Iluny el temps liont la canya nuosa
portava el fruyt ab panatxa rissat,
sul vert bressol de sa fulla fressosa,
mostrant ab goig son gros infant trocat (?)
Ab quina gracia el gronxava, contenta
de ferio creixé al bon sol póderós,
y ab son ventall que la llurn dolo argenta,
el refrescava ab cuydado gelós.
Del seu cimall, fet empolcada estrella,
el benehia ab una pluja d'or,
merares Ii deya ab sa parla l'abella :
« Ditxosa tu qui portes un tresor
7
8 vaallespir
Novembre 1930.
Més ara tot és senyal de tristesa :
" el blat de moro ha Prés el vestit vell ;
la capsa té la faldilla rnalmésa,
Inés guarda intacte el seu somni més bel!.
Somnia encar sa mare qui la breça
a la cançó deis zéfirs perfumats,
el sol de juny- qui, des del cel, Ji endreça
un raig d'or fi per sos gráns nacarats.
Dignes adéu, orfaneta, a ta mare,
petisa qu'és morta estirnant-te a morir,
lacrificantse, ensemps, s'és feta l'ara
hont ta bellesa ha pogut espellir.
Já l'istiuet pot ferte pna caricia,
la gustarás entera, llargament ;
si'l vent de Cers t'embesteix ab malicia,
no tinguis por, ta mare te sostén !
Quan la falçilla escapsará la soca,
fent cauré ab .tu la qui t'Ira ofert son cor,
com els pollets apretats sots la lloca,
dins l'esclofoll, capsa, tindrás gráns d'or.
h(, E. BRAZÉS.
(4-1 ET article que tu m'envoies n'est pas mauvais,
mais il y a quelque légéreté á dire cPinspiration
chrétienne des poésies telles que la Faula de
la mort ou l'Adéu-siau, oh torre gran... II efit mieux
valu préciser que lorsque la poésie de Pons est reli
gieuse ce n'est pas dans le sens de l'arrét-, mais dans
celui de la marche.'
Nul n'a songé non plus á souligner que son
ceuvre se refuse á toute éloquence, mais marque un
grand souci du dessin et de la musique. Et que la
qualité musicale du dernier recueil égale celle des
plus artistes parmi les poétes français. D'autres ne
veulent voir en lui qu'une expression du terroir.
C'est le diminuer. Lívre d'un terroir pourtant, Canta
perdiu était plus que cela. L'aire i la fulla n'est pas
un livre de terroir. Sans doute la réalité familiére,
les images de notre terre naissent á &raque pas.
Mais roussillonnaise dans son éclat et ses inflexions,
cette poésie est universelle par ses thémes. Vois la
Vibra : une vipére rencontrée dans. un chemin du
pays éveille aussitót l'idee de la Genése.
J'aurais aimé que l'on citát El mirar d'Eva.
C'est, en ses quatre strophes, un des plus larges
poérnes que je connaisse. Et aussi que l'on insistát
vallespir
Letire
Décembre 1930
9
sur cette ascension réguliére vers la perfection qui
a mené Pons si haut dans l'intelligence de son art.
Je veux te préciser comment je vois cette évolution.
De certains poémes frappés, graves, du B012 pedril;,
ou de l'Estel, l'Antón, par exemple, elle Fa conduit
la poésie la plus fluide. La sensibilité, tres fine dés
le premier-livre, s'est en richie et épurée. Mais su r
tou t le choix des éléments qui composent ses poémes -
gagne chaque fois en sUreté, et l'expression en
souplesse. Dans le dernier recueil ce choix est plus
rigoureux. Mais au raccourcissement des poémes
correspond l'élargissement des thémes ; c'est moins
telle poésie que de la poésie ; poésie essentielle. Ce
mouvement vers une expression dépouillée condui
rait un autre a la sécheresse et a l'abstraction Mais
les poémes les plus condenses de Pons ont la chaleur
et l'élasticité d'une chair jeune. lis respirent. II
trouve des images, des épithétes larges et lumi
neuses comme Un marbre, et le mouvement de cette
poésie flexible est celái de la vie. A la fois le senti
ment du vivant et le sens de l'éternel. EL toujours
l'impression fraiche et directe. Ses images donnent
la sensation de la chose vive, brillantes de couleurs
nettes. Elles ne sont pas un ornement peint, mais la
trame rnéme de sa poésie. Elles son t partie intégrante
d'une belle matiére unie et lísse. Entre ces images,
10 vallespi r•
le lien logique ou apparent est de moins en moins
visible á mesure que se développe son "vre. 11
dédaigne ou evite de plus en plus d'expliquer. Le
rapport caché, l'accord profond, musical, suffisent.
(Et quelle sonorité personnelle et 'impide il
obtient La poésie a le méme éClat, mais sa marche
est plus secréte. C'est une attitude aristocratique.
Par suite, le tour est elliptique, l'expression s'allége,
gagne en rapidité et en souplesse. Ligne flexible,
fluidité du courant, cette poésie s'affirme chaque
fois plus libre. EL Pons arrive ainsi, en créant une
ceuvre plus synthétique en ses élétnents, plus nue,
donner un impression de jeu, d'abandon, de
fantaisie, gráce a l'aisance insurpassable du tour.
Avec ca une transparence color d'airé, descrI. La
maitriáe méne á une simplicité apparente. On touche
á la perfection.
Je ne-sais si ceite idée de la poésie de Pons est
juste. Son ueuvre in'est trop familiére pour queje
sois certain de la bien voir. Dis-moi si tu es de t'Ion
avis sur ces dioses. ,
Pons a-t-il terminé son livre en francais ? II
tri'avait dit que ce serait fait a la fin de l'année, mais
il (bit encare y travailler, car ji ne se presse pas.
D'ailleurs il a tout t t'ad raison.
H. FRÉRE.
Banyuls
vallespir 11
«Vara Mar
Ai ! delicia del sentit !
I la flor que s'esbadella
vé del cos ? de l'esperit ?
ai, cel blau, roca vermella !
Es blavissima la mar !
bonica la caleta•
on nos mena el sol alzar
o l'infant portant sageta ?
Posant-li la 722a Sta cor
he sentit com bategava,
ell m'ha dit qu'era d'amor
i no crec que m'enganyava...
L'amor salta su? penyal
o llisa sus l'aigua quieta,
« de l'amor... no'n faig cabal,
deixa-té de fer el banyeta.
Soni esquerpa com el roc
si ets tu dolva mar blava...
L'onatge‘ ha creixit un poc,
al penyal no hi arribara...
Simone GAY.
12 vallespir
Les Roses
de Vaissiere
Roses couleur de vigile avec un ciel nacré,
pour M. Léon PEIRIÉRE.
Roses que le soleil de Pautomne a jaunies,
Ou qu'un tardif émoi semble rosir encor,
Vous, roses rouges par quelles ardeurs brunies,
Toi, rose jaune et rose, eL toi, blanche au cieur d'or,
Vous toutes, douce .chair en fleur si caressánte
011 palpite enivré le dernier papillont
I3eauté le soir mourante au matin renaissante
Ou s'apaise du vent Todorant tourbillon.
Miracle d'aube en pleur. d'amour et dé lumiére,
Quelle lieureuse embellie, ô roses de. Vaissiére,
Pour qui de vos fralcheurs voit son soir entouré !
JEAN LEBRAU.
,17,-.7.-7.77•777~191,11111111~1101-
DellX roInahs de Charles BADIN
vallespiv 13
Le Village sans Cloches
temps qu'Relolme aéntrepionitglneacncteudr.on(Lt 'IlanfoprumisasatenucredeexBprruesxseilvlees)é.veille la pensée en méme
— Thése sur ce qui doit l'emporter du matérialisme ou de l'esprit. Image heureuse que ce titre choisi par l'auteur selon sa foi. (Het fransche Bock, Amsterdam).
-
des ouvraMg.eBs aqduiinmeestttrcaaipeanbtlecedt 'ééccrriivreaidnedbeetlelersrooieruvsurers.leJme évmeuexpvloanir qsouu'usnsRaesniégnBaatzuirne,
un Louis Bertrand. (Louis THOMAS, Comoedia).
Charles Badin, écrivain da Roussillon, dépeint la misére des campagnes. 11 le
fait sans fard, sans illusion, avec cette douleur profonde que donne l'amour. (Henri DucLos, l'Eclair).
Vallo—n).Roman intéressant, curieux, fin aussi et fort délicat par endroits. (Le Pays
— Charles Badin révéle dans l'expression des sentinaents et de la vie du village
sans cloches, un beau talent qui mérite d'atteindre le grand public. (Le Nouvelliste
de Rennes).
— Voilá un vrai et probe écrivain. (Emile RIPERT, Le Petit Marseillais).
— Livre admirable qui devrait étre entre les mains de tous les Catalans. (Emma
nuel BROUSSE, l'Indépendant des Pyrénées-Orientates).
— El titol me sembla extraordinariment suggestiu : « El poble sense campanes »!
Vosl'irnagineu aquest poble ? No dirieu que el sea silenci ha d'esser mes trist que el deles mateixes campanes, quan mes tristament sonen? (Caries RAHOLA, El Bisbalenc).
•
14 vllespir
Tetus Pallade le Muletier
Aquesta eternitat es la que Charles Badin descriu et canta amb una frescor i una
passio semblants a les de Louis Hemon en Maria Chapdelaine. (Tomas GARCES, La
Publicitatl.
— Dans ce beau roman aux pages emplies de l'odeur saine et sauvage des plantes
pyrénéennes, M. Charles Badin nous trace un portrait fidele des derniers muletiers
catalans. (Marc VARENNE, Figarol.
— Voilá un livre qu'il faut lire pour bien connaltre le Roussillon, et un nom qu'il
faut retenir, et qui, du reste, a commencé a s'imposer. !Le Télégramme).
— El seu 'libre es palpitant de vida, d'emoció catalane. ;La Véude Catalunya).
-
Cette atmosphére chaude du Roussillon et du Vallespir respirée avec délices
par l'auteur nous vaut des pages pleines de couleur, de lumiére et de vie. !La Dépéchel.
— Les descriptions des pittoresques paysages dans lesquels M. Badin fait évoluer
ses personnages montre qu'il connait bien le pays pyrénéen et elles révélent en lui un
littérateur de mérite. !Rerae Bibliogrophique de Bruxellesi.
— Récit tracé avec adresse. Tableaux ne manquant pas de coloris. (Le Journal de
Genével.
En vente aux Editions de la Vraie France, 92, Rue Bonaparte, Paris, et chez tous
les libraires. — Chaque volume broché . 12 fr.
1,7
Buées
Desdémone aima l'anémone,
Et le roi Loys, Velléda ;
Mais la fleur dicotylédone
Que j'adore est le réséda.
Ton corps ne pouvait attendre
Le moment de se donner ;
Aujourd'huí tu dois entendre
Une autre cloche sonner.
Funambules noctambules,
Ont duré jusqu'au matin
Nos serments de libellule,
Sous la lune du jardin,
Et l'amour s'envole en bulles
Dans les branches du jasmin.
Voguez, ballons sans passerelles
Qu'aiment les dames de Paris,
Tous mes bateaux sont partis
Sur le chemin des noctuelles.
vallespir 15
16 vallespir
Convaleseence
Odeur tiéde et poivrée des allées de tilleul :
Saunes rayons, ouatés comme de la flanelle,
Eclairant en veilleuse les chambres des malades...
C'est un long clair de lune dans un bois d'orangeade
Ou l'orange en tisane remplace le soleil.
Et dans l'air impregné de pátes pectorales
On respire une odeur d'anis et d'arnica,
La bouillotte chevrote un air d'harmonica.
CARLOS DE LAZERME.
IIMIMIIINIM.¦11=11111~1~~11,
La terra, la són rodada
com un que s'ho prén a tall,
a s'está boca-badada
si vos en fessi el detall.
Dellá les serres gavaxes !
bé'n són trascat, de rivatges,
hasta a viure ambe selvatges !
El món, cal creure, és estret.
Penó mai són vist Ceret
Un pont d'un ull vos hi mena.
-Una nit, diu, Llucifé,
allibai mancant de fena,
com qui s'amusa el va fé.
Creu aixó la gent badóca.
Sigui d'una o altra epóca,
ni me mira, ni me tóca.
Més me deixa pas tant fret,
d'havé pas mai vist Ceret !
vallespir
CERET
17
."•1
« Je n'ai pas vu Carcassonne. »
G ustave NADAUD.
Són, m'han dit, una raresa
els seus abrils i'ls seus matjs.
D'iglesi i plaga se presa,
i de la Font deis nou ratjs'.
Quin paradis, sa campanya,
ont pels hórts tothóm s'afanya !
Los hoscos de la montanya
lo reparen de la fret.
Més jo, mai són vist Ceret !
De les cireres t'ennaigues
que s'hi cull a plén descat.
I la frescó de ses aigues !
I sa mel ! rim muscat
qu'hi penja en daurades grapes !
Que bones cóses hi trapes !
I tabé que nines guapes
a'Is hi tirá lo barret !
Ai ! són pas mai vist Ceret !
18 vallespir
Allí tenen renommada
Talrich, Deodat, Camo,
Muchart, Badin i l'Amade.
Que pardals ! I que remó !
que cantin, parlin o escriguin,
del Vallespí més que siguin,
de Ceret cal que se diguin.
Ditxosos d'ells ! dé, pobret,
lo són pas mai vist, Ceret !
Teniu raó. Póc qu'hi falti !
I és pas tot d'ho dire ; lw fui.
Dins d'un trine-rapide salti
i cap a Ceret me'n vai.
S'ha acabat la mala-vera.
Es aqui, a tocá, l'Albera.
Mi'ci'l Boló, la ribera
del Tech, el pont ; i tot dret
són arribat á Ceret !
Tabé me direu : « Bon hóme,
dixeu está, cregueu-mé,
Madrid i Londres i Róma !
Lo qu'haveu de fé, primé,
demá passat nó, m'es ara,
sense escotá pare i mare,
ni fills, vo'n curre a la gara...
Com moriu pas de destret ?
Rayé pas mai vist Ceret ! u
PAU BEROA.
LES BEAUX ARTS
¦1•1•1•11
Exposi4ion Louis Bausa
pAR Ces jours de brumes d'automne et d'expiran-tes
colorations, Louis Bausil s applique anous
faire désirer le printemps. La plupart des pein
tures qu'il exposesalle Arago nous rarnénent a cqtte
campagne roussillonnaise que la jeune saison pare
de tendres verdu res et de la gráce riante des arbres
en fleurs. Autour de quelque métairie, dorée des
jardins de Sarnt-Jacques, blottie au milieu des
cyprés, devant les neiges du. Cadigou -oil la colline
de Forea-Réal, au pied du cháteau de Corbére,
comme aux abords de Palalda ou de quelques toitu
res rouges non loin de Prades, des ramtires de roses
péches affirment une fois de plus le Une passionné
que, dés sa jeunesse, jI leur vouá. Auprés de Céret,
au contraire, c'est de la neige fleurie d'un cerisier
que se voile plus volontiers l'architecture rustique
d'un anejen mas. A la pointe d'un noir gyp-rés, dont
s'anime un paysage pItis grave des garrigues, le
voisinage d'ukt simple olivier suffit, Quelques ermi
tages perdus, l'églisé en ruines du pays muge et vert
de Llansa, et, déjá rnarquée de la rouille des fins
d'été, une peinture en .violet gris de la route de
Villefrancha, complétent l'ensemble agréable de
cette histoire des beaux jours au pays calalan. Des
images de fleurs s'y mélent, qui, des mimosas de
l'extréme hiver, vont, par les carnélias et les roses,
jusqu'aux corolles sans odeur des ceillets d'Inde et
des zinias du plein été ; il y a ainsi, dans un cadre Ovale, un petit bouquet en rose et gris d'une suave
intimité. Pour achever, un bou portrait, seul de son
vallesp 1 19
espéce, et souvenir coloré d'une belle saison au bord
des plus belles rives du monde, deux vues char
mantes de Paris, la berge du quai da Louvre au
pont des Saints-Péres, et l'abside de Notre-Dame au
delá des arbrel dorés du bout de l'ile Saint-Louis.
De l'atmosphére ainsi créée par l'habileté d'un
pinceau, comment dégager les raisons secrétes et
faire pleinement goúter la saveur ? •
Louis Bausil a débuté jadis par des peintures
d'impression, que des tonalités de roses, de bleus et
de verts pális voilaient comme d'un poétique mys
tére, et ou respirait toute la légéreté du printemps.
C'est á la méme nature de péchers fleuris et de ten
dres vergers, autour de nos anciens remparts, qu'il
devait son inspiration. Mais a cette jeunesse riante,
ib manquait la maturité. Le désir d'arriver á la force
indispensable et le souci d'une écriture plus colorée
l'engagérent a diverses recherches dont on put voir,
au cours de vingt années, la réalisation. Ce fut
souvent la rétíssite ; d'autres fois ce ne l'était plus.
Comme beaucoup de gens de sa génération, ji était
persuade que tout se résumait, petar la peinture, en la notation directe et que Poeuvre était parachevée
quand on avait réussi, pour ainsi dire, a prendre la
nature sur lé fait-C'était vouloir jouer avec la mo
bilité de la lumiére et s'exposer á la déception qu'on
risque d'éprouver toujours 4 tenter de fixer ce qui
est fugitif. C'était, proprement, se contenter dé
l'analyse, sans penser á cette synthése, sans laquelle
n'est pa s de véritable cration, et dont cette
20 "vallespir
analyse, en fait, n'est que l'heureuse préparation.
L'observation directe de la nature et sa transposi
tion selon la loi da plus juste equilibre et l'expres
sion de son propre génie peuvent seu les, en effet,
donner naissance a une complete ceuvre d'art.
Lou'is Bausil avait trop de sens pour ne le pas
comprendre et de son long voyage d'exploration au
pays des expériences, nous est revenu convaineu de
l'application nécessaire de ce principe. On en yerra
la preuve dans les meilleures toiles de cette exposi
tion, dans ce paysage, notamment, d'une couleur si
fraiche du vieux Saint-Martin de Prades, dans cette
route de Villefranche, dans cette métairie au milieu
des cyprés, on les péchers en fieurs composent un
si juste volume et mettent une si juste valeur. A la
notation directe de l'impression d'un moment, au
jeu de lumiére surpris, au détail fixé, s'est ajouté ce
travail d'atelier dont la réussite est dans l'equilibre
des masses et l'arrnonieuse disposition des tons.
C'est le travail de la réflexion, de la raison raison
nante, superposé á la fonction plus animale de la
sensibilité et de l'instinct ; c'est celui qui crée
l'atmosphére ou nous pourrons aisérnent, ressentir
IIEsT le propre du génie de ,susciter dans son
rayonnement l'étincelle divine jaillira
de-ci, de-la, l'amorce de telle belle eeuvre
nouvelle. Dans l'histeire d notre sculpture contem
poraine, la seule apparition d'un artiste comme
Aristide Maillol, qui est la sculpture pure et le plus
grand denos sculpteurs, aura eu pour résultat de
relever un art tombé dans la routine des procedes
d'école, et de lui infuser, en lui rendant l'honneur,
la séve d'une véritable renaissance. Par l'effet d'une
consécration qu'elle ne doit qu'a elle-méme, et
dégagée de l'affreux esprit de littérature qui a
empoisonné l'art d'un Bourdelle, et auquel Rodin
et aimer ce que l'artiste a voulu, comme lui-méme,
nous faire aimer et ressentir ; et ,i1 arrivera ainsi
que le spectateur connaitra, apres l'enehantement
on se prennent tout d'abord ses yeux et ses sens, la
satisfaction plus profonde de la pensée, et par elle,
cette délectation complete que la peinture a pour
objet de produire en nous.
Lotus Bausil en est arrivé la de Son propre fait
et sans faire de ciáncessions a personne. Je n'ai
guére connu d'a-rtisteplus indifférent aux théories
de toute espéce, dont depuis tant d'années, en pa
reille matiere, nous avons eu les oreilles rebattues.
La méme personnalité qui fait de lui le plus char
mánt des amis, en a fáit aussi l'un de nos meilleurs
licitares du Roussillon. Sa place est naturellement
marquée acoté des deux beaux artistes que fürent,
pour nolre pays, Daniel de Monfreid et Terrus. Je
ne saurais trop inviter les véritables amateurs de
peintures a venir passer un moment dans la salle
Arago. iis y respireront l'esprit et le charme de
notre province dansl'oeuvre attachante d'un homme,
qui, entre quelques-uns, su!, consacyer sa.vie et son
labeur a l'airner et a Phonorer.
Les Seulptures de Mario Vivés
méme n'a pas su échapper, l'ceuvre de Maillol,
l'aurore d'un siécle, a pris la valeur d'une indication
atinitive et d'une lecon vivante a laquelle II est.
devenu impossible de se soustraire mur tout esprit
vraiment marqué. Aussi a-t-on pu voir, des contrées
les plus diverses, accourir vers l'atelier de Marly ou
le rivape de Banyuls, tant de jeunes artistes avides
de l'enseignement dont jis avaient besoin. Je n'en- '
tends pas Par la la doctrine d'école dont l'effet le plus
ordinaire est d'aboutir a l'acquis d'une facture d'hui
tation, mais simplement une éducation de soi-méme,
une connaissance plus approfondie et plus complete
de ses moyens, la seule chose, en un mot, qui en
révélant l'artiste a I ui-méme, lui permette de donner
naissance a Pceuvre secrete qu'il porte en lui. On ne
saura jamais assez, par exemple, ce qu'un sculpteur
cornme Manolo a pu devoir á la rencontre qu'il fit
-á Céret. il y a quelque vingt ans, d'un maitre pour
tant si différent de lui-méme. EL je crois un peu qu'il
en va de me-me pour Mario 'Vives.
J'aval§ été particulierement séduit, lors de sa
premiére expOsition, par une suite de bas-reliefsqui
-étaient comme une peinture vivante de diverses
scénes de la vie paysanne et villageoise de notre
pays. Ce qui, sous d'autres maifls, eut risqué de
sombren dans la vulgarité de la carte postale illps
trée; demeurait, sans franchir la limite et par l'effet
du plus heureux equilibre entre te sujet et l'expres
sion, une ceuvre d'un charme analogue a celui que
nous éprouvons toujours devant gene' des imagiers
anonymes qui scuipterent nos retables d'églises ,ou
encore tels chapiteaux de l'histoi re sainte au ,cloitre
d'Elne ; quelque chose aussi pour rester de -notre
comme les bonnes peintures d'Utrillo od les
imageries de Chagall.'J'ai retrouyé le mérne charme,
á la galerie Ca.inpistrO, dans les trois bas-reliefs dus
á la méme inspiration, et' par suite de je ne ssais
quel le prolongation, plus vivement épanoui encore
dans cette barque de Collioure, dont trois hommes,
-de leurs épaules, soutiennent la proue soulevée, ou
dans ce groupe, déja exposé au Salpn d'Autornne,
-des ramasseurs de filets, qui est l'une des choses les
plus émouvan tes de cette belle exposition.
Da méme sens de l'equilibre dont je parlais,
procedent aussi ces statuettes qu'un rien eut-risqué
-de réduire aux proportions d'un bibelot et qui <kit
_su demeurer belles pour n'ayoir pas atteint á la
limite dangereuse du joli. La porteuse d'eau, en ce
genre, est une petite merveille de gráce, de noblesse
-et de distination.
Méme remarque pour les portraits, pour cette
tete de pécheur, en granit noir, d'oil toute anecdote
-est exclue, pour l'inclinaison adorable de cette ravis
sante figure de jeune fille, pour la savoureuse joliesse
cette parisienne du Métro, pour l'intelligente
finesse de çe portrait d'un médecin de Paris. Mais
ici se rnanifeste plus pleinement un don que le
va,llespir 21
catalan Mario Vives, en dépit des révolutions et des
doctrines séparatistes, tient exclusivement de la
vieille culture hispanique. Ce goút de pénétrer les
ámes, ce sens de l'analyse intime de la pensée et du
sentiment, ce soin d'en rendre le reflet sur l'irnage
concrete prétend en , réaliser, son t choses
essentiellernent-espagnoles, et toujours caraetéristi
ques de Pceuvre des peintres, des dramaturges et des
moralistes de la péninsule. Les personnages de
Vives, comme ceux de Manolo, qui dans la represen
tation da visage humain s'est place au rang des plus
grands, vivent tous d'une-"etrange et attirante vie
intérieure. EL il n'y a de l'un á Pautre de différence
que dans le goút plus ou moins affirmé de la
grimace, rnoins d'amerturne diez Vives, et une
séduction égale, quoique d'un autre genre.
Quelques petites pierreg taillées, une maternité
de marbre d'une harmonieuse pu reté et un torse de
femme de terre cuite complétela cet intéressant
ensemble, el nous raménent á des formes d'art plus
dégagees de préoccupations. Ce torse est le grand
morceau de l'exposition, le premier essai, semble-t-il,
chez ce bel artiste de quelque real isation plus idéale
d'intention et plus grande de proportions. Je serais
tres tenté d'y voir justement le premier effet marqué
de cet enseignement don t je parlais tantót, que notre
granel Maillot a dormé au monde, el l'expression
concrétisée de la formule qu'il me donna jadis lui
méme á propos d'une définition de son art que je fui
demandais : « La nature n'est qu'harmonies, et je
«sers á en exprimer telle ou telle, comme ce pommier
« sert a donner des pommes. Le tout est de les per
« cevoir, caqui est l'effet d'une observation constante
•
et journaliere. EL je ne prétends pas davantage
« avoir trouvé quoi que ce soit en dehors d'elle, que
« ce pommier ne peut se l'alter d'avoir inventé les
« pommes ».
Mario Vives, a Pexemple du maitre de Banyuls,
s'est engagé dans la bonne voie ; ji ne tient qu'a lui
d'aller de l'avant. Ce qu'il nous montre de son oeuvre
fait deviner ce qu'oil est en droit d'attendre de lui :
la place est ouverte a tous les espoirs.
Pierre CAMO.
_
111,.
. .
-vallespir 23
Acolliment
Aqueixa plana, amic, germana de la teua,
no la sentes com vibra, anit, d'un ritme igual ?
Als Platans, cada buf acluca un cirial,
mes en la ma de cel qu'al fullam rós s'eucreua
la mercé d'un estll nos somriu des de dalt.
1 veus, jo m'he pensat qu'a la teua tristesa
aqueix esguard portava una nova claror
A l'or esfulladis, divina resplandor,
per cada ram marcit una promesa encesa
pel teu enyoré un brill esperancador.
Lema : Abraçada
Igual Ilengua espompida, als teus Ilavis collida,
s'espavira amb delit de la tróna al conreu,
presta ales a la gloria, i amb el permis de Déu
pels barris eixamplats esbargeix presumida
'ánima de la pátria als esplais de ta veu.
Si l'emoció perleja a ta humida parpella,
el flam deis mimosers beurá el teu dolc neguit...
Amb la complicitat velada de la nit,
ton esperit vindrá, Ileuger com una abella,
hi espolsar el pol'len d',un record adormit.
24 va,llespir
L'exili ofegarás demá en una abraçada.
Retroberás ardent de la Rambla el caliu
al Castellet que sagna, a la Llotja que riu,
á la Plaça Aragó de grácia perfumada,
una má a cada porta, a cada porta un niu.
Pel maig escalfarás ta mirada enardida
al convit del vérger gaita i llavi vermells ;
a l'ofrena deis horts badaran els cistells ;
ton cor somniará potsé una aura espellida...
hi brindarem al raig sedós-dels moscatells.
De llavi a llavi, el bes deis ginesters en festa,
de llum florida ciar triomf multiplicat,
de l'Albera vers l'Empordá estremirá alat.
Mentre un cascall de :cc alci entre-mig sa cresta,
el Corpus catalá hi viurá renovellat.
Puntejarás, al Ilis compas d'una harmonia,
ta sardana esclatant en sospirs de metall.
En somni evocarás, en la vivor del ball,
el campanar nadiu que els ideals destria
en la palpitació d'un sonor enfilan.
L'estiu el seguirem, si vols, quan s'escambaixa
al sorral d'Argelés, pell rosa a sol batent ;
afluixará el torment de l'óna el teu torment ;
del mateix mar fidel, la flonja i ágil faixa
el caragolará en sos plecs de viu argent.
1i:urdí/IN.
Premi extraordin a ri
Jocs Florals de Barcelona.
vallespir 25
O be, si t'agradava, a Font-Romeu s'iria
al Iluminós reckis del Carlit regalat ;
i per retrobar l'aire ungit de Montserrat,
Sant Marti la salut a l'aima ens portada
i del Canigó, al cós, l'alé purificat.
Aqui la tradició ferma arrapa la roca :
Una ombra violeta en la runa ha dreçat
sa má, de Iliri ; al monastir reviscolat,
cada pedra dira el mérit que li pertoca
i els segles l'aureolarán d'eternitat.
Aqueixa terca, amic, germana de la teua,
no la sentes com vibra anit d'un ritme igual ?
Qué ens fá que cada buf acluqui un cirial
quan, en la má de cel qu'una santa fe encreua,
la mercé d'un estel nos somriu des de dalt.
CABLES GRANDO.
26 vallespir
ESSAIS D'HISTOIRE LOCALE
Céret autrefois
Nous sommes heureux d'annoncer á nos lecteurs que notre co
directeur et ami Michel Arib.aud vafdonner sous ce, titre une série
.d'études concernant le passé de notre ville. Cette série comprendra
trois volumes dont le premier va paraitre prochainement.
ILest bon de signaler qu'il s'agit lá du premier livre d'histoire
qui ait été écrit sur Céret : c'est dire son originalité et son intérét.
Avant 'de publier cet ouvrage, Michel Aribaud a dit pour cela
pousser trés avant le classement de nos archives municipales. Ce
travail qu'il a pris a cceur de metíre au point, et auquel il a déja
consacré plusieurs années, constitue une besogne ardue et absor
bante. 11 est actuellement prés d'étre achevé.
11 nous plait de rendre ici un public hommage á ce labeur aussi
ingrat qu'obscur de notre cher ami. Maintenant son tivre sur Céret,
orné d'une magnifique préface de Joseph-Sebastien Pons, peut ouvrir
ses ailes : nous sonames súr de l'accueil qu'il recevra.
C. B.
vallespir 27
Les livres
Présence de Virgile, par Robert ,BRASILLACH
(Librairie de la Revue Française — Alexis Redier, Editeur)
Robert Brasillach qui est, je crois, un de nos compatriotes fddl'oeOnurnrléi?lvyoeitaláqduedijéatjiaqeunqetulebqlruqieullseasmanmmnoéeiensstulpnaoufcorbrrtuonbneipaquouéetlnidveerseensIVulvorryVeésiraaguille'A.JcEetuito(xcnneerFtFerlrosearcnaulçeutas-xiilsddei,upffaniseGouueulntsnééaset
ne manquaient pas pour écrire un semblable ouvrage. Toute ceuvre qui prétend
ressuseiter l'histoire, redonner la vie a quelque personnage mort depuis des siécles,
doit éviter de laisser au lecteur ceite pénible impression que l'on « remue devant lui
des os dans un cirnetiére ».
M. Brasillach n'est certes pas tombé dans cette erreur. Son Virgile vit intensé
ment. II grandit, aime, travaille devant nos yeux avec une vigueur, une puissanee satis égales. •
_ Les critiques ont loué d'une facon unanime cet ouvrage, écrit d'un style nerveux,
dans une hurgue impeccable. 11 n'y a (tal tire d'ailleurs cette premiére vision de Rome
pour se reirdre compte du talent de l'écrivain :
« Un désordre, un encombrement de voitures affolant, tout cela rayé de soleil et d'ornbre, avec des taches rouges sur les marchands de viande qui transportent des
poutnons sanglants ou des tripes, des taches bleues sur les múles du charbonnier qui
crie, le visage noir et blanc partagé en deux par l'ombre raide de son fouet.
Nous sommes heureux de saluer ici le succés d'un compatriote qui, tout jeune
encore, se classe parmi les plus brillants écrivaitts.
Les Heures Mortes, Essais et Poémes de Georges BARRELLE
(Editions de la Cara velle, Paris)
Georges Barrelle, dora nous avons publié dans les colonnes de Vallespir un
admirable poéme : a Au Rhene », nous donne sous l'elegante couverture des Editions
de la Caravelle, un recueil d'essais et poémes. «Je n'ai lit qu'éconter, écrit le poéte, la
voix mystérieuse de l'áme et je me suis laissé bercer á son rythme divin. De lá ces modestes chansons. »
Georges Barrelle est un modeste mais un grand poéte. Son talent incontestable
est un a vivant manteatt brodé d'or et tissé d'amour » qu'il jette sur notre misére.
Une si belle mort, par Gérard SERVÉZE
(Nouvelles Editions Latines, 21, rue Servandani, Paris)
Un livre de guerre, et certes assez honorable. L'auteur estimant que l'imagina
tion, le désir de satisfaire le lecteur ont nui á la sincérité de beaucoup d'ouvragés de
combattants, a voulu s'élever contre ces récits á la Plutarque, et décrire la guerre sans
faire appel á la légende. Seulement en voulant éviter de peindre du rose, M. Servéze est
tombé dans le noir. Son livre, qui par ailleurs presente des pages prises sur le vif,
notararnent les ehapitres «Verdun, A l'hópital», est d'une maniere genérale trop sombre,
trop forcé. Car, en vérité, la guerre n'a pas eu que de sales moments (on n'aurait pas
resiste deux mois á ce régime y a en également des heures plus calmes, des
heu res de repos h. l'arriére, entre deux attaques, ou l'on croyait revivre le Et
ne faut pas, sous pretexte de faire hair la guerre, déformer sciemment son iinage.
28 vallespir
A la suite des souvenirs figurent des réflexions sur Joffre. Mais lá nous entrons
dans la polémique, et il est impossible de suivre Gérard Servéze dans ses critiques, á
mon sens trop excessives et trop passionnées.
Le Virus Noir, par Alain GUIREL
(Larose, Paris, 11, Roe líictor Cousin)
Un beau livre. Notre camarade des Ecrivains anciens combattants Alain Guirel
est un spécialiste des questions coloniales, et rien de ce qui se passe dans cette plus
Grande France ne le laisse indifférent.
Marius et Ary Leblond, qui ont préfacé cet ouvrage, attirent chaleureusement
l'attention sur cet écrivain, qui « avant d'éprire a été vivre sa vie et ses sujets de
livre sous les Tropiques, y a étudié de prés le commerce avec les mceurs, a regardé,
interrogé, écouté, controlé, senti, aimé. »
Par ailleurs, Alain Guirel manie vigoureusement le fouet de la satire, et cloue au
pilori les exploiteurs, les mercantis qui s'abattent et pulullent- trop souvent dans nos
colonies. Ecrit dans une langue nerveuse, coloree, ce livre patbétique mérite le succés.
Le Pérot, par Marcel HAMON
(Bibliothéque du Hérisson, Edgar Malfére, Directeur)
Marcet llamon qui a déja publié deux intéressants romans : Les Fanttimes et La
Hose Noire, nous donne aujourd'hui chez l'éditeur Malfére la suite d'un « brelan de
hantés » : LePérot. Un avocat parisien riche, beureux, comblé de tous les plaisirs, qui,
brusquement, á la suite de la mort de sa femme, se retire dans Peffrayante solitude' •
d'un errnitage, voilá le drame qui palpite dans ces pages. Etude d'une ámetourmentée,
excessive qui a voutu quitter les hommes, se réfugier dans l'exil le plus absolu. Car,
comrne l'écrit l'auteur, bien que les hommes s'entassent plus que jamais dans la plus
effrayante des prorniscuités, il n'y eut jamais iant d'isolés !
Ce t'ornan mále et lier place M. Hamon parmi les meilleurs romanciers contem
porains.
L'Homme de tous les jours, par Pierre LÉLv-PotuoL
(Editions Montaigne, Paris)
Un tres beau roman remarquable surtout par son style chaud, doré, on abondent
des images d'un naturel, d'une fraicheur rares... Cette banale histoire d'un employé
du Ministére, qui rentrant dans sa lointaine banlieue, ne trouve plus la femme partie
avec un autre, puis ron le dans une • morne débauche est baignée dans la plus tra-'
gique, la plus hallucinante ds atmosphéres... Dans certains chapitres (ceux gui
évaquent les dancings et les hótels buches qui aVaisinent l'Opéra) on croit véritable
ment retire les pages yentes, insinuantes, d'un charme si captivant et si trouble qui
ont fait la gloire de Careo...
— En ces temps de crise ah les Editeurs restreignent de plus en plus leur produc
tion, il nous faut signaler l'activité de nos camarades anciens combattants les Editeurs
Eugéne Figuiére et Edgard Malfére. Le premier publie «A l'enseigne des deux Figuiers »
de fort beaux romans et poémes, élégamment présentés, d'une typographie parfaite.
Le second, qui a quitté Amiens, aprés avoir consacré son temps et sa fortuneá
l'Anthologie des Ecrivains marts á la guerre, vient de fonder á Paris une Sociélé fran
caise d'Editions Littéraires et Techniques, qui a déja publié des ceuvres renommées.
Nous sommes heureux de signaler ces deux éditeurs et de les recommander_á nos
lecteurs. CHARLES BADIN.
Descripció
| Puntuació | |
| Títol | Vallespir. Année 4, num. 4 (oct.-déc. 1931) |
| Descripció | Informació addicional del títol: Revue littéraire & artistique. Continuada per: Revue de Roussillon. Darrer núm. vist per Torrent/Tasis: anné 5, no 3 (mars 1932) |
| Matèria | Cultura catalana -- Vallespir -- Revistes ; Art -- Revistes |
| Títol addicional | Revue de Roussillon |
| Editor | Biblioteca de Catalunya |
| Data de publicació | 2009 |
| Data del document original | 1931 |
| Tipus de recurs | Text |
| Format | |
| Font | Publicació original: Céret : [s.n., 1927-1932] (Céret : Impr. F. Casteil); Comença: Année 1, num. 1 (oct. 1927)-Année 5, num. 2 (avr.-juin 1932) |
| Llengua | fre ; cat |
| Relació | http://cataleg.bnc.cat/record=b1484220~S10*cat |
| Gestió de drets | Còpia permesa amb finalitat d´estudi o recerca, citant la font "Biblioteca de Catalunya". Per a quaselvol altre ús cal demanar autorització. |
| Productor | Docout, S.L. |
| Dispositiu de captura | Bookeye BE3-SCL-R1 |
| Resolució | 150 ppp |
| Compressió | JPEG, compressió baixa |
| Definició | 24 bits |
| Característiques físiques | Original ; 32 cm. |
| Història de canvis | Imatge original TIFF, sense compressió, a 150 ppp |
Descripció de la pàgina
| Títol | Année 4, num. 4 (oct.-déc. 1931) |
| Transcript |
177 1931 - 4e année - N°4- PRIX : 5 Frailes vallespir revue trimestrielle de littérature et d'art france - calalogne e é r e t (pyrénées-orientales) DIRECTEURS : M ICHEL ARIBAUD - CHARLES BADIN COMITÉ DE RÉDACTION : JeanAMADlE, Edmond IMAZÉS, lPierre EIRIJNE, ',hierre CAMO, Victor CHASTIVE, Carlos de LAZIERME, MANOLO, Henry MlUCHART,Henry NOIELL, aoseph-S. 1PONS, Frédéric SAISSET, Francois rirnEs~.~ VALLESPIR Etienne CANAL Albert GRIMAUD Edmond BRAZÉS H. FRÉRE Simone GAY Jean LEBRAU Carlos de LAZERME Pau BERGA Pierre CAMO Caries GRANDO Charles BADIN Le Gérant, F. CASTEIL. sommaire Editorial Fargues y Molins Sur la VoieDomitienne Amor de Mare Lettre Vora Mar Les Roses de Vaissiere Poemes Ceret Les Beaux-Arts Aeolliment Les Livres Couverture de F. BASSOULS Illustrations de Camille DESCOSSY et Pierre BRUNE 2:1_33001\T 1\Tmmnivrrs : France et Colonies, un an 20 fr. 25 fr. Chéques Postaux 4541 Toulouse Téléphone : 14 CÉRET, Imp. F. CASTEIL E EDITORIAL A nos Leeteurs, a nos Amis Ce numero de Vallespir termine la quatriéme année d'exis tence de notre revue. Nos abonnés voudront bien excuser le retard de quelques mois avec lequel paran ce puméro. La longue maladie qui a frappé _notre co-directeur Charles Badil, en est >la cause. Désormais, nous nous efforcerons de faire paraitre nos numeros trimestriels avec le plus de régularité possible. • Au cours de l'année .1931, nous avons publié deux numéros spé ciaux qui ont connu un tres vif succés. Le premier, consacré á. la re production d'un manuscrit inédit de Marc Lafargue. Le deuxiéme commémorant l'hommage rendu par la « Colla del Rossello », a Céret, • au grand doyen des conteurs vallespiriens : Mossen Estéve Caseponce. Notre but reste toujours le'méme : faire aimer ce que nous aimons, exalter notre Roussillon, ses'écrivains, ses artistes, mettre a l'honneur notre petiie Vine de Céret. Pour 1932, nous envisageons d:ores et déjá un ou deux numéros spéciaux, dont un sera conSacré en entier á la publication d'un essai psychologique écrit en collaboration par Jean Tallez et Charles Badin : « Du peuple catalan ». Nous demandons avant tout a conserver l'estime de nos lecteurs dont l'amitié nous est précieuse. Celle de nos annonciers qui par leur appui nous permeitent de ne pas jeter ce tlambeau, ahumé voilá deja quatre hivers. A tous, au seuil de l'année nouvelle, nous adressons nos remer ciernents et notre salut fraternel. VALLESPIR. 2 vallespir Fatigues y Molints 1VIelopea Riberals del Vallespir, tot seguint la vostra holla ; vos hé vist lo vell moli, vos hé vist la farga moda. Pim y pam, Molines de ferro. Tit y tat, Motines de blat. Farga moría, moli vell, del ríu Tech tan agradivol ; qui vos ou lo balarell que'l feya tan alegrivol ? Pim... etc. Farga negra, ta fornal ne fa temps qu'es apagada ; del martinet y ternal jo t'hé vist desllongada. Pim... etc. Moli blanch, lo ten rodet, n'es vestit d'una estranyina ; desgairat n'és 'I trinquet, també lo passa-farina. Pim... etc. Es 'I riu qu l'animat del seu salt l'ostra lucilina y Patrio que l-há cuydat deixa fill qu'aqui destina. Pirn... etc. Eh l ne fa un manacial d'eléctrica llurninaria y de foro potencial de la farga milenaria. Pim y pam Molins reviscólen Tit y tat, han reviscolat. Al Eximit Caries Badin Aymant del Vallespir. ETIENNE CANAL. vallespir Sur la Voie Domitienne N était au mois de juillet, dans la dix-huitiéme année du régne de Tibére. Les premiers rayons du soleil rasaient a peine la créte des monts, quand le centurion Marcus Valerius Sordonus quitta la petite auberge de La Junquera oil 11 avait passé la nuit. A le voir marcher d'un pas souple et rapide sur la voie romaine qui montait au col du Perthus, nul ne se serait douté que ce jeune officier venait des con tins de l'Espagne citérieure et qu'il avait fait, en trois jours,- quatre vingts milles á pied. II était vétu d'une culotte fauve qui descendait jusqu'a mi-cuisse et d'une courte turlique bleue portant les insignes de son grade. Ses jambes et ses bras nus avaient des muscles d'athléte ; sa téte brune, aux traits réguliers et énergiques, paraissait coulée dans le bronze. 11 allait, cheveux au vent, le casque et la sacoche suspendus a l'épaule, le petit glaive au cóté, faisant résonner la mute sous le double choc rythmé de seS talons ferrés et de sa canne militaire. La chaussée, fort bien pavée, remontait en pente assez douce la rive gauche du Llobregat, petit /affluent de la Muga-, de sorte que l'ascension était aisée pour un marcheur aussi entramé. Soudain, une large et profonde dépressiou s'offrit a sa vue : on eút dit que la montagne, presque infranchissa ble partout ailleurs, se montrait, la, accueillante et abaissait sa rude échine afin de permettre a l'homme de passer facilement d'un versant a l'autre. C'était le SUMMU'M Pyreneeum des itinéraires, le col fameux découvert jadis par Hercule, qui révéla aux Médi terranéens l'existence de la grande voie naturelle de l'Occident par oir communiquérent Africains, lbéres et Celto-Latins, et ou circulérent, dans les deuxsens, marchands, soldats et migrateurs de toutes races. (1) Le !mine romain equivalan a 1481 mares 50 cm. 3 Valerius Sordonus, ayant atteint le point le plus élevé du col, s'arréta quelques minutes avant d'en ta mer la descente. Assis sur une borne milliaire, a la limite géographique de la Gaule et de l'Ibérie, contemplan averrémotion les rochers et les gorges sauvages qui avaient vu passertour a tour Han nibal, Pompée, César a la téte de leurs troupes. II connais sait bien ces lieux, car ji était du pays qui s'étendait en bas, dans la plaine, le vieux pagus des sordons qu'on appelait maintennnt la Civitas Ruscino, d'u nourde sa capitale. Et c'est a Ruseino que le cen tu rion revenait aprés une longue absence ; Ruscino, ou avait laissé ses plus dieres affections ; Ruscino dont seulement vingt-cinq milles le séparaient et oú, gráce aux dieux, jI serait rendu ce soir méme. Sur cette pensée, it s'engagea allégretnent dans le défilé qui avait ahrité les fabuleuses arnours d'Hercule et de la nymphe Pyrénée. Le ciel s'était subitement assombri ; un fort vent d'est amenait des escadrons de nuages tous chargés de pluie. Sordonus hátait le pas, de crainte d'étre surpris par l'orage dans la « porte Bébrycienne ». Tout a coup, un serpent de feu jaillit de la nue, suivi áussitót d'un fnacas épouvantable. Notre voyageur se re commandait mentalement á Jovi optimo maxinio (Jupiter tres bou, trés grand), quand II entendit derriére lui un galop precipité et des cris d'effroi. II se retourna : un cheval, attelé a une voiture, s'était emballé et descendait la cóte a une allure tellement folie, malgré les efforts désespérés du cocher pour le retenir, qu'une catastrophe était imminente. N'écoutant que son courage, le centurion se jeta a la téte du cheval, qui arrivait sur lui comme un bolide, et se suspendit a la bride, prés du mors. L'animal, emporté par son elan, fit un grand bond ; puis mattrisé par une poigne de fer, ji s'arréta, tout écumant, a deux pas du profond ravin dans lequel allait se précipiter. 4 vallesp r Aprés avoir fait reculer le cheval, Marcus jeta les yeux sur la voiture : ilaperrçut, derriét.e le co cher hébeté, un homme distingue, aux cheveux grisonnants, qui serrad dans ses bras une adorable jeune fide ; elle était pále comme une morte et ses seins soulevaient sa robe par saccades oppressées.. Ah! mon pére, quelle frayeur ! disait-elle. J'ai bien cru que notre derniére heure était venue. » Puis, són regard ayant rencontré celui de l'officier : «Soyez remercié, monsieur, pour votre acte sublime; vous venez de nous sauver la vie, en risquant la vótre.» Orri, cela est beau, reprit le pére ; d'antant cine nous sommes pour vous des inconnus. — Bah ! j'ai conclu un pacte, avec la mort ; d'ailleurs, je n'ai fait que mon clevoir. — Vous eles dans l'artnee, á ce que je-vois — Oui, centurion á la XVI° légion Gallica, en Tarragonaise. Je me norme Marcus Valerius Sor donus el, me rends a Ruscino, mon pays natal. — En ce cas, ne restez pas sous la pluie et veuillez monter nous allons a Narbonne et ferons route.ensemble jusqu'a Buscino... Bien Et mainte nant, fouette cocher, mais sois prudent... Croyez, cher monsieur, que Cneius Publius Severus, /rgatus pro praetore prorineix Narbonensio 'I' et sa filie Claudia seront heureux de faire plus ampleconnais sanee avec leur sauveur... Marcus était assis a, cóté du plus haut person nage de la Narbonnaise aprés le gouverneur ! A cette annonce, son visage marqua une telle stupéfaction que Severus et Claudia éclatérent de rire..11 se ressaisit'aussitót, ne voulant pas paraitre ridicule : Je vous presente mes humbles hommages, dit-il en s'inclinan. Merci pour le grand honneur que vous me faltes. — Mais non ; c'est moi qui vous renaercie. Vous nous tiendrez compagnie et, puisque vous connais •sez le pa.ys, vous nous servirez de cicerone. Quel est ce torrent qui mugit a notre gauche ? — C'est la petite riviére de Roma, que l'orage a fait grossir subiternent ; la route la cótoie jusqu'au bas de la rampe. Nous entrons, maintenant, dans (1) Légat (ou lieutenant) du proconsul de la province prétorienne Narbonnaise. l'étroit couloir qui constitue la partie inférieure du défilé ; le carré de jour que vous apercevez devant vous en marque la sortie. Tiens, voilá, des constructions ; on dirait une forteresse. — C'est, en effet, le fort des Clausuras qui ferme le passage mieux que ne le ferait une porte d'airain, et qui garde en méme ternris les Trophées de, Pompée. --- Si je n'étais pressé et si je ne voy ageais inco gnito, ce serait une excedente occasion d'inspecter le fort. Néanmoins, nous allons faire une petite halte á la taberna qui se trouve si opporlunément sur notre chemin. Cela nous permettra d'attendre une accalmie qui ne saurait tarder. » Le tavernier accueillit les voyageurs avec une obséquiosité d'antara plus grande qu'il comprenait avOir affaire á des liótes de marque. Sa clienléle habituelle se recrulad parmi les gens du peuple : rouliers, marchands paysans, soldats, pélerins, friands du gros vin de pays,á l'arriére-goút, de poix. Quand, d'aventure, daignait s'arréter-l'un des 110M breux courriers impériaux a clieval qui allaient de Borne ou de Narbonne a Tarragone, par la Via Do mitia, notre cabaretier marquait cejour d'une pierre blanch,e. Mais jamais encore sa maison n'avait été honorée par la ven ue de personnages voyageant en si bel équipage. A ussi-, courait-il affaire, avec son gros ventre et sa trogne bubelée, donnant des ordres á ses deux esclaves pour qu'on allume vive ment un grand t'en et qu'on prepare des boissons chaudes sucrées au miel, qu'il porta lui-mérne céré monieusement aux trois voyag-eurs amusés. Bientót la pluie cessa ; comme par enchante ment, le cid l fut balayé par le vent du nord-ouest et le soleil apparut, épandant sur la terre sa splen deur am bree. La-haut, sur une platefornae dominant la rolde, face au nord, un fastueux monument se détachait dans Sordonus le montra á Claudia : « Voilá les fameux Trophées, lui dit-il. Pompée les fit ériger pour perpétuer le souvenir de ses vic toires contre-Sertorius et Perpenna. Sur la faode de l'édifice sont graves les noms des Iluit cent soixanté-seize villes qu'il avait sortmises depuis les (1) Aujourd'hui, le village de l'Ecluse-Haute. • vallespi INIMITIMINIMIMIllawsz~~~¦• Alpes jusqu'aux limites de l'Espagne ultérieure. A la pártie supérieure, se dresse sa slatue. -Sur la deuxiéme plateforme qui surplombe la voie, de Pautre caté du délilé, vous apercevez un monument beaucoup plus ,simple, en pierre de taille : c'est l'autel que Jules César fitélever á son retour d'Espa gne, ou u avait défait les lieutenants'de Pompée, Afranius et Petreius, quelques mojs ávant la bataille de Pharsale. — Ce dernier monument est beaucoup plus mo deste que le premier, en effet. Les Trophées de Pompée sont magnifiques, et jis dominent orgueil leusement les pentes pyrénéennes,; on doit les voir de fort loin. II me plait que Rome ait place iei un pareil témoignage de sa grandeur et de sa puissance. — Je partage ton sentiment, intervint Severus.' ltome est immortelle et nous so-mmes fiers d'étre ses enfants. » La vallée du Tech fut atteinte en un quart d'heure. On s'arréta au relais imperial 7tnutatio) de Centuriones pour changer de clieval, sur présen tqautiiopnroaduuimsiatituren deeffeptorsnteagdiq'uune r(2é)•quAisictieotnenodffriociitelljei fallait franchir la riviére gué. Cette opération pplruéisee,nqtauiqauvealqitupesrovdoifqfiucéulutnése elnégréariesoncrudee l;a mréaciesntlae voiture était haute sur rones et le chaval avait le pied solide : aussi arriva-t-on sans trop de dégát sur la rive gauche du Ten. Evitant les bas-fonds marécageux, la voie Do mítienne suivait ensui te, presque parallélement au fieuve, une ligue de petites collines, boisées par endroits, défrichées et cultivées en d'autres: II y avait lá de grands domaines : Brouilla, Ortaffa, etc. Marcus les nommait au passage et montrait les belles villas de leurs ricÚespropriétaires ; ehaquedomaine avait son temple, báti, le plus souvent, tout prés de la route. En débouchantdu bassin du Tech, les'voyageurs aperçurent, dans le lointain, une immense nappe bleue qui scintillait au soleil : c'était la mer. A &cine, la cate, rocheuse et déchiquetée, abritait les Prés du Boulou. tsrearnv(sé2p) oaLretls'aseedrnmvicicnoeimsdtmerautlinao.rnehiimcupléartiiaoleét;aiut uifny maovnaoitpoplaes rdée 5 anses de Caueolibris (Collioure), de Portus Veneris (Port-Vendres) et de Cervera (Cerbérel, on finissait la Gaule. Du srid au nord, régnait knn mince et recti ti gne cordon littoral, bordé d'étangs. Devant soi, sur un rocher isolé, était bátie (Dile); compléternent déchue de sa grandeur passée. Le panoram- a était si beau et d'un caractére tellement étrange que Claudia fit arréter la voiture pour le contempler á son aise. Et Sordonus en éprouva une grande fierté, car II aimait son pays. La route déscendait ensuite dans la plaine et abordait la butte d'Illiberris. Lá, elle faisaít un coude et se dirigeait vers le, nord, toujours en suivant les petites ondulations de terrain, qui s'élevaient de 40 á 80 pieds au-dessus du niveau de la mer et des marais. Une route secondaire croisait la Via Domitia prés d'Illiberris, desservait les petits ports de la cate et, réduite a l'état de sentier muietier, passait en Espagne par le col de Banyuls. C'est pourquoi les ltomains avaient place, au point de croisement de ces deux routes, un bureau de douane pour la perception de la quadragesima Galliarum (quaran fleme des Gaules) : les marchandises qui éntraient en Gaule ou qui en sortaient étaient soumises á un droit de passage égal au quarantiéme de leur valeur. « Rien a déclarer ! » lit Severus en montrant son diploma au douanier. Celui-ci salua respectueuse nmeeilnlat,, eTthléazva,oiStuarleeilpleosu, rsCuaivbeitstsaanyc, oeutrsaeprpéasr. aCvoorir atteint une sorte de plateau raviné, s'engagea entre une double haie de tombeaux qui bordáient la route. « Nous voici arrivés a Ruscino ! » s'écria joyeuse ment Valerius Sordonus. Je vais avoir le plaisir de vous faire les honneurs de rna ville ; car j'espere bien que vous daignerez accepter l'hospitalité que je vous offre chezmon pére, le déeurion BufiusValedus. — Man cher Marcus, répondit Severus, je jfneo'iassue, rracaoii mghamerudereeuodxne d,dmeéc'salaitntleuenerdrvvoaotrtreNeaadirmibgoanbnelneepéinrceve.tittTeatoinouunteit; méme, force me sera d'écourter mon séjour ici. » Claudia gardait le silence. Sans Savoir ponrquoi, l'idee d'un proclrain départ la rendait maussade. La voiture entra dans la ville par une porte monumentale ; elle longea le forum, puis sur un 6 signe de Sordonus, s'arréta devant une belle maison construite á la romaine. Pendant que des serviteurs accouraient — jis avaient reconnu leur jeune maltre et poussaient des exclamations joyeuses — Marcus sauta lestement a terre, tendit la main á Claudia pour l'aider a descendre el, entrainant ses hékles, pénétra dans l'atrium plein d'ombreet de fraicheur ; ilsgravirentun escalier de marbre qui donnait accés á une galerie ornée de peintures. Le vieux Rufius Valerius venait au-devant d'eux : Marcus se jeta dans ses bras ; ji lui préSenta ensuite ses conapa gnons de voyage. ‹, Je remercie, dit Rufius, l'illuslre gouverneur légat de la Narbonnaise de l'honneur qu'ir me fait en venant, me visiter avec sa charmante filie. -- Vous avez devant vous, répondit Publius Severus, un ami et un obligé de votre fiis ; par conséquent, je vous demande en gráce de laisser le protocole á la porte. — Eh bien ! soit. Veuillez done entrer dans le tricliniurn ; nous allons nous mettrea table. — Ce n'est pas de refus, car le grand air a aiguisé ndtre aPpétit. » Au cours du repas, Severus lit le récit du sau vetage accompli par Lucius. Puis, aprés un silence, ji ajouta : u La dette que jai contractéeenvers vous, mon cher centurion, je voudrais l'acquitter autre ment qu'en vaines paroles. Vous plairait-il d'étre attaché a ina personne en qualité d'officier d'ordon , trance ? » Marcus, surpris, regarda Claudia : la jeune filie lui sourit puis, rougissante, baissa la tete. « Si j'accepte ? s'écia-t-il. Je suis ébloui par votre offre trop généreuse, et jamais... — C'est done une affaire entendue. Je me charge d'obtenir de l'Empereur votre promotion de grade et votre mutation... Mais l'heure avance, il faut partir... Messieurs, je vous donne rendez-vous Narbonne pour les Augustales du mois prochain. » Le vieux Rutius reconduisit ses llenes jusqu'au seuil de sa demeure. Le cocher attendait, avec la voiture attelée d'un cheval frais. Les deux jeunes gens restaient a cóté l'un de l'autre sans proférer une parole. Avec votre permission, fit soudain Marcus, llesp ir je vous accompagnerai jusqu'a la sortie de la ville. » Ce disant, ji reprit sa place dans le véhicule, au grand contentement de Claudia. Ruscino était bátie sur une falaise au pied de laquelle coulait le petit fleuve Tetis (la Tet). pereur Auguste l'avai•álevée ai.i rang de colotrie latine : elle portait officiellement le nom de Colonia Julia Ruseino et était inscrite dans la tribu Voltina, comme toutes les autres cites de droit latin de la province narbonnaise. « Certes, expliquait Sordonus, la ville est de bien minime importance. Néanmoins, vous pouvez voir quelle est assez coquette. Auguste et Tibére l'out combiée de bienfaits. Elle a son forum orné de statues, ses thermes aux saltes elegantes et spa cieuses, son théátre et ses arenes pouvant recevoir toute la population. » Touten causant, on était arrivé non loin du pont jeté sur la Tet. 11 fallait se séparer. La plaine de la Salanque s'ornad aux regards des voyageurs. Marcus, pour retarder le départ, leur montrait du doigt la route qu'ils allaient suivre : la voie Dorni tienne passait entre Bompas et Villelongue, á un lieu ou s'élevait un saeellum paren ; puis, elle tra versad l'Agli au pont de Peracals et atteignait la station de Combusto, (ouest de St-Hippolyte) ; elle se dirigeait ensuite sur Garrieux, Salsulis (Salses) et aboutissait au pied de la blanche montagne des Corbiéres, qu'elle gravissait pour éviter les étangs et les lagunes de la cóte... « Et maintenant, adieu et bou voyage », dit le jeune homme. — Non pas adieu, mon ami, mais au revoir, ré pliqua Cneius Publius Severus. -- A bientót, Marcus, et merci ! » I ui jeta Claudia d'une voix étranglée qui le lit tressaillir. Quand la voiture se fut. engagée, á vive allure, dans la Salanque, Marcus Valerius Sordonus re monta lentement vers sa maison. II songeait aux événements de la journée et a la radieuse jeune filie qu'Eros avait placee Sur son chemin. Et ji adressa au jeune dieu cette invocation : « Puisses-tu, á fils de Vénus, l'avoir blessée comme moi d'une des lléches de ton carquois ! » Albert GRIMAUD. embolcallat. v ahl es pi Amor de mare No's veu enlloch la fruyta riallera ; en la masia, el grá ja és apilat ; arrenca el vent del branch la cabellera, y já l'aucell en el bosch s'és callat. Sois, en el camp, duu la capsa dan rada el blat de moro ab son tronch guara ressech ; el cor matern té la saba estroncada, sa fulla inorta algun cop fa un gemech. Es Iluny el temps liont la canya nuosa portava el fruyt ab panatxa rissat, sul vert bressol de sa fulla fressosa, mostrant ab goig son gros infant trocat (?) Ab quina gracia el gronxava, contenta de ferio creixé al bon sol póderós, y ab son ventall que la llurn dolo argenta, el refrescava ab cuydado gelós. Del seu cimall, fet empolcada estrella, el benehia ab una pluja d'or, merares Ii deya ab sa parla l'abella : « Ditxosa tu qui portes un tresor 7 8 vaallespir Novembre 1930. Més ara tot és senyal de tristesa : " el blat de moro ha Prés el vestit vell ; la capsa té la faldilla rnalmésa, Inés guarda intacte el seu somni més bel!. Somnia encar sa mare qui la breça a la cançó deis zéfirs perfumats, el sol de juny- qui, des del cel, Ji endreça un raig d'or fi per sos gráns nacarats. Dignes adéu, orfaneta, a ta mare, petisa qu'és morta estirnant-te a morir, lacrificantse, ensemps, s'és feta l'ara hont ta bellesa ha pogut espellir. Já l'istiuet pot ferte pna caricia, la gustarás entera, llargament ; si'l vent de Cers t'embesteix ab malicia, no tinguis por, ta mare te sostén ! Quan la falçilla escapsará la soca, fent cauré ab .tu la qui t'Ira ofert son cor, com els pollets apretats sots la lloca, dins l'esclofoll, capsa, tindrás gráns d'or. h(, E. BRAZÉS. (4-1 ET article que tu m'envoies n'est pas mauvais, mais il y a quelque légéreté á dire cPinspiration chrétienne des poésies telles que la Faula de la mort ou l'Adéu-siau, oh torre gran... II efit mieux valu préciser que lorsque la poésie de Pons est reli gieuse ce n'est pas dans le sens de l'arrét-, mais dans celui de la marche.' Nul n'a songé non plus á souligner que son ceuvre se refuse á toute éloquence, mais marque un grand souci du dessin et de la musique. Et que la qualité musicale du dernier recueil égale celle des plus artistes parmi les poétes français. D'autres ne veulent voir en lui qu'une expression du terroir. C'est le diminuer. Lívre d'un terroir pourtant, Canta perdiu était plus que cela. L'aire i la fulla n'est pas un livre de terroir. Sans doute la réalité familiére, les images de notre terre naissent á &raque pas. Mais roussillonnaise dans son éclat et ses inflexions, cette poésie est universelle par ses thémes. Vois la Vibra : une vipére rencontrée dans. un chemin du pays éveille aussitót l'idee de la Genése. J'aurais aimé que l'on citát El mirar d'Eva. C'est, en ses quatre strophes, un des plus larges poérnes que je connaisse. Et aussi que l'on insistát vallespir Letire Décembre 1930 9 sur cette ascension réguliére vers la perfection qui a mené Pons si haut dans l'intelligence de son art. Je veux te préciser comment je vois cette évolution. De certains poémes frappés, graves, du B012 pedril;, ou de l'Estel, l'Antón, par exemple, elle Fa conduit la poésie la plus fluide. La sensibilité, tres fine dés le premier-livre, s'est en richie et épurée. Mais su r tou t le choix des éléments qui composent ses poémes - gagne chaque fois en sUreté, et l'expression en souplesse. Dans le dernier recueil ce choix est plus rigoureux. Mais au raccourcissement des poémes correspond l'élargissement des thémes ; c'est moins telle poésie que de la poésie ; poésie essentielle. Ce mouvement vers une expression dépouillée condui rait un autre a la sécheresse et a l'abstraction Mais les poémes les plus condenses de Pons ont la chaleur et l'élasticité d'une chair jeune. lis respirent. II trouve des images, des épithétes larges et lumi neuses comme Un marbre, et le mouvement de cette poésie flexible est celái de la vie. A la fois le senti ment du vivant et le sens de l'éternel. EL toujours l'impression fraiche et directe. Ses images donnent la sensation de la chose vive, brillantes de couleurs nettes. Elles ne sont pas un ornement peint, mais la trame rnéme de sa poésie. Elles son t partie intégrante d'une belle matiére unie et lísse. Entre ces images, 10 vallespi r• le lien logique ou apparent est de moins en moins visible á mesure que se développe son "vre. 11 dédaigne ou evite de plus en plus d'expliquer. Le rapport caché, l'accord profond, musical, suffisent. (Et quelle sonorité personnelle et 'impide il obtient La poésie a le méme éClat, mais sa marche est plus secréte. C'est une attitude aristocratique. Par suite, le tour est elliptique, l'expression s'allége, gagne en rapidité et en souplesse. Ligne flexible, fluidité du courant, cette poésie s'affirme chaque fois plus libre. EL Pons arrive ainsi, en créant une ceuvre plus synthétique en ses élétnents, plus nue, donner un impression de jeu, d'abandon, de fantaisie, gráce a l'aisance insurpassable du tour. Avec ca une transparence color d'airé, descrI. La maitriáe méne á une simplicité apparente. On touche á la perfection. Je ne-sais si ceite idée de la poésie de Pons est juste. Son ueuvre in'est trop familiére pour queje sois certain de la bien voir. Dis-moi si tu es de t'Ion avis sur ces dioses. , Pons a-t-il terminé son livre en francais ? II tri'avait dit que ce serait fait a la fin de l'année, mais il (bit encare y travailler, car ji ne se presse pas. D'ailleurs il a tout t t'ad raison. H. FRÉRE. Banyuls vallespir 11 «Vara Mar Ai ! delicia del sentit ! I la flor que s'esbadella vé del cos ? de l'esperit ? ai, cel blau, roca vermella ! Es blavissima la mar ! bonica la caleta• on nos mena el sol alzar o l'infant portant sageta ? Posant-li la 722a Sta cor he sentit com bategava, ell m'ha dit qu'era d'amor i no crec que m'enganyava... L'amor salta su? penyal o llisa sus l'aigua quieta, « de l'amor... no'n faig cabal, deixa-té de fer el banyeta. Soni esquerpa com el roc si ets tu dolva mar blava... L'onatge‘ ha creixit un poc, al penyal no hi arribara... Simone GAY. 12 vallespir Les Roses de Vaissiere Roses couleur de vigile avec un ciel nacré, pour M. Léon PEIRIÉRE. Roses que le soleil de Pautomne a jaunies, Ou qu'un tardif émoi semble rosir encor, Vous, roses rouges par quelles ardeurs brunies, Toi, rose jaune et rose, eL toi, blanche au cieur d'or, Vous toutes, douce .chair en fleur si caressánte 011 palpite enivré le dernier papillont I3eauté le soir mourante au matin renaissante Ou s'apaise du vent Todorant tourbillon. Miracle d'aube en pleur. d'amour et dé lumiére, Quelle lieureuse embellie, ô roses de. Vaissiére, Pour qui de vos fralcheurs voit son soir entouré ! JEAN LEBRAU. ,17,-.7.-7.77•777~191,11111111~1101- DellX roInahs de Charles BADIN vallespiv 13 Le Village sans Cloches temps qu'Relolme aéntrepionitglneacncteudr.on(Lt 'IlanfoprumisasatenucredeexBprruesxseilvlees)é.veille la pensée en méme — Thése sur ce qui doit l'emporter du matérialisme ou de l'esprit. Image heureuse que ce titre choisi par l'auteur selon sa foi. (Het fransche Bock, Amsterdam). - des ouvraMg.eBs aqduiinmeestttrcaaipeanbtlecedt 'ééccrriivreaidnedbeetlelersrooieruvsurers.leJme évmeuexpvloanir qsouu'usnsRaesniégnBaatzuirne, un Louis Bertrand. (Louis THOMAS, Comoedia). Charles Badin, écrivain da Roussillon, dépeint la misére des campagnes. 11 le fait sans fard, sans illusion, avec cette douleur profonde que donne l'amour. (Henri DucLos, l'Eclair). Vallo—n).Roman intéressant, curieux, fin aussi et fort délicat par endroits. (Le Pays — Charles Badin révéle dans l'expression des sentinaents et de la vie du village sans cloches, un beau talent qui mérite d'atteindre le grand public. (Le Nouvelliste de Rennes). — Voilá un vrai et probe écrivain. (Emile RIPERT, Le Petit Marseillais). — Livre admirable qui devrait étre entre les mains de tous les Catalans. (Emma nuel BROUSSE, l'Indépendant des Pyrénées-Orientates). — El titol me sembla extraordinariment suggestiu : « El poble sense campanes »! Vosl'irnagineu aquest poble ? No dirieu que el sea silenci ha d'esser mes trist que el deles mateixes campanes, quan mes tristament sonen? (Caries RAHOLA, El Bisbalenc). • 14 vllespir Tetus Pallade le Muletier Aquesta eternitat es la que Charles Badin descriu et canta amb una frescor i una passio semblants a les de Louis Hemon en Maria Chapdelaine. (Tomas GARCES, La Publicitatl. — Dans ce beau roman aux pages emplies de l'odeur saine et sauvage des plantes pyrénéennes, M. Charles Badin nous trace un portrait fidele des derniers muletiers catalans. (Marc VARENNE, Figarol. — Voilá un livre qu'il faut lire pour bien connaltre le Roussillon, et un nom qu'il faut retenir, et qui, du reste, a commencé a s'imposer. !Le Télégramme). — El seu 'libre es palpitant de vida, d'emoció catalane. ;La Véude Catalunya). - Cette atmosphére chaude du Roussillon et du Vallespir respirée avec délices par l'auteur nous vaut des pages pleines de couleur, de lumiére et de vie. !La Dépéchel. — Les descriptions des pittoresques paysages dans lesquels M. Badin fait évoluer ses personnages montre qu'il connait bien le pays pyrénéen et elles révélent en lui un littérateur de mérite. !Rerae Bibliogrophique de Bruxellesi. — Récit tracé avec adresse. Tableaux ne manquant pas de coloris. (Le Journal de Genével. En vente aux Editions de la Vraie France, 92, Rue Bonaparte, Paris, et chez tous les libraires. — Chaque volume broché . 12 fr. 1,7 Buées Desdémone aima l'anémone, Et le roi Loys, Velléda ; Mais la fleur dicotylédone Que j'adore est le réséda. Ton corps ne pouvait attendre Le moment de se donner ; Aujourd'huí tu dois entendre Une autre cloche sonner. Funambules noctambules, Ont duré jusqu'au matin Nos serments de libellule, Sous la lune du jardin, Et l'amour s'envole en bulles Dans les branches du jasmin. Voguez, ballons sans passerelles Qu'aiment les dames de Paris, Tous mes bateaux sont partis Sur le chemin des noctuelles. vallespir 15 16 vallespir Convaleseence Odeur tiéde et poivrée des allées de tilleul : Saunes rayons, ouatés comme de la flanelle, Eclairant en veilleuse les chambres des malades... C'est un long clair de lune dans un bois d'orangeade Ou l'orange en tisane remplace le soleil. Et dans l'air impregné de pátes pectorales On respire une odeur d'anis et d'arnica, La bouillotte chevrote un air d'harmonica. CARLOS DE LAZERME. IIMIMIIINIM.¦11=11111~1~~11, La terra, la són rodada com un que s'ho prén a tall, a s'está boca-badada si vos en fessi el detall. Dellá les serres gavaxes ! bé'n són trascat, de rivatges, hasta a viure ambe selvatges ! El món, cal creure, és estret. Penó mai són vist Ceret Un pont d'un ull vos hi mena. -Una nit, diu, Llucifé, allibai mancant de fena, com qui s'amusa el va fé. Creu aixó la gent badóca. Sigui d'una o altra epóca, ni me mira, ni me tóca. Més me deixa pas tant fret, d'havé pas mai vist Ceret ! vallespir CERET 17 ."•1 « Je n'ai pas vu Carcassonne. » G ustave NADAUD. Són, m'han dit, una raresa els seus abrils i'ls seus matjs. D'iglesi i plaga se presa, i de la Font deis nou ratjs'. Quin paradis, sa campanya, ont pels hórts tothóm s'afanya ! Los hoscos de la montanya lo reparen de la fret. Més jo, mai són vist Ceret ! De les cireres t'ennaigues que s'hi cull a plén descat. I la frescó de ses aigues ! I sa mel ! rim muscat qu'hi penja en daurades grapes ! Que bones cóses hi trapes ! I tabé que nines guapes a'Is hi tirá lo barret ! Ai ! són pas mai vist Ceret ! 18 vallespir Allí tenen renommada Talrich, Deodat, Camo, Muchart, Badin i l'Amade. Que pardals ! I que remó ! que cantin, parlin o escriguin, del Vallespí més que siguin, de Ceret cal que se diguin. Ditxosos d'ells ! dé, pobret, lo són pas mai vist, Ceret ! Teniu raó. Póc qu'hi falti ! I és pas tot d'ho dire ; lw fui. Dins d'un trine-rapide salti i cap a Ceret me'n vai. S'ha acabat la mala-vera. Es aqui, a tocá, l'Albera. Mi'ci'l Boló, la ribera del Tech, el pont ; i tot dret són arribat á Ceret ! Tabé me direu : « Bon hóme, dixeu está, cregueu-mé, Madrid i Londres i Róma ! Lo qu'haveu de fé, primé, demá passat nó, m'es ara, sense escotá pare i mare, ni fills, vo'n curre a la gara... Com moriu pas de destret ? Rayé pas mai vist Ceret ! u PAU BEROA. LES BEAUX ARTS ¦1•1•1•11 Exposi4ion Louis Bausa pAR Ces jours de brumes d'automne et d'expiran-tes colorations, Louis Bausil s applique anous faire désirer le printemps. La plupart des pein tures qu'il exposesalle Arago nous rarnénent a cqtte campagne roussillonnaise que la jeune saison pare de tendres verdu res et de la gráce riante des arbres en fleurs. Autour de quelque métairie, dorée des jardins de Sarnt-Jacques, blottie au milieu des cyprés, devant les neiges du. Cadigou -oil la colline de Forea-Réal, au pied du cháteau de Corbére, comme aux abords de Palalda ou de quelques toitu res rouges non loin de Prades, des ramtires de roses péches affirment une fois de plus le Une passionné que, dés sa jeunesse, jI leur vouá. Auprés de Céret, au contraire, c'est de la neige fleurie d'un cerisier que se voile plus volontiers l'architecture rustique d'un anejen mas. A la pointe d'un noir gyp-rés, dont s'anime un paysage pItis grave des garrigues, le voisinage d'ukt simple olivier suffit, Quelques ermi tages perdus, l'églisé en ruines du pays muge et vert de Llansa, et, déjá rnarquée de la rouille des fins d'été, une peinture en .violet gris de la route de Villefrancha, complétent l'ensemble agréable de cette histoire des beaux jours au pays calalan. Des images de fleurs s'y mélent, qui, des mimosas de l'extréme hiver, vont, par les carnélias et les roses, jusqu'aux corolles sans odeur des ceillets d'Inde et des zinias du plein été ; il y a ainsi, dans un cadre Ovale, un petit bouquet en rose et gris d'une suave intimité. Pour achever, un bou portrait, seul de son vallesp 1 19 espéce, et souvenir coloré d'une belle saison au bord des plus belles rives du monde, deux vues char mantes de Paris, la berge du quai da Louvre au pont des Saints-Péres, et l'abside de Notre-Dame au delá des arbrel dorés du bout de l'ile Saint-Louis. De l'atmosphére ainsi créée par l'habileté d'un pinceau, comment dégager les raisons secrétes et faire pleinement goúter la saveur ? • Louis Bausil a débuté jadis par des peintures d'impression, que des tonalités de roses, de bleus et de verts pális voilaient comme d'un poétique mys tére, et ou respirait toute la légéreté du printemps. C'est á la méme nature de péchers fleuris et de ten dres vergers, autour de nos anciens remparts, qu'il devait son inspiration. Mais a cette jeunesse riante, ib manquait la maturité. Le désir d'arriver á la force indispensable et le souci d'une écriture plus colorée l'engagérent a diverses recherches dont on put voir, au cours de vingt années, la réalisation. Ce fut souvent la rétíssite ; d'autres fois ce ne l'était plus. Comme beaucoup de gens de sa génération, ji était persuade que tout se résumait, petar la peinture, en la notation directe et que Poeuvre était parachevée quand on avait réussi, pour ainsi dire, a prendre la nature sur lé fait-C'était vouloir jouer avec la mo bilité de la lumiére et s'exposer á la déception qu'on risque d'éprouver toujours 4 tenter de fixer ce qui est fugitif. C'était, proprement, se contenter dé l'analyse, sans penser á cette synthése, sans laquelle n'est pa s de véritable cration, et dont cette 20 "vallespir analyse, en fait, n'est que l'heureuse préparation. L'observation directe de la nature et sa transposi tion selon la loi da plus juste equilibre et l'expres sion de son propre génie peuvent seu les, en effet, donner naissance a une complete ceuvre d'art. Lou'is Bausil avait trop de sens pour ne le pas comprendre et de son long voyage d'exploration au pays des expériences, nous est revenu convaineu de l'application nécessaire de ce principe. On en yerra la preuve dans les meilleures toiles de cette exposi tion, dans ce paysage, notamment, d'une couleur si fraiche du vieux Saint-Martin de Prades, dans cette route de Villefranche, dans cette métairie au milieu des cyprés, on les péchers en fieurs composent un si juste volume et mettent une si juste valeur. A la notation directe de l'impression d'un moment, au jeu de lumiére surpris, au détail fixé, s'est ajouté ce travail d'atelier dont la réussite est dans l'equilibre des masses et l'arrnonieuse disposition des tons. C'est le travail de la réflexion, de la raison raison nante, superposé á la fonction plus animale de la sensibilité et de l'instinct ; c'est celui qui crée l'atmosphére ou nous pourrons aisérnent, ressentir IIEsT le propre du génie de ,susciter dans son rayonnement l'étincelle divine jaillira de-ci, de-la, l'amorce de telle belle eeuvre nouvelle. Dans l'histeire d notre sculpture contem poraine, la seule apparition d'un artiste comme Aristide Maillol, qui est la sculpture pure et le plus grand denos sculpteurs, aura eu pour résultat de relever un art tombé dans la routine des procedes d'école, et de lui infuser, en lui rendant l'honneur, la séve d'une véritable renaissance. Par l'effet d'une consécration qu'elle ne doit qu'a elle-méme, et dégagée de l'affreux esprit de littérature qui a empoisonné l'art d'un Bourdelle, et auquel Rodin et aimer ce que l'artiste a voulu, comme lui-méme, nous faire aimer et ressentir ; et ,i1 arrivera ainsi que le spectateur connaitra, apres l'enehantement on se prennent tout d'abord ses yeux et ses sens, la satisfaction plus profonde de la pensée, et par elle, cette délectation complete que la peinture a pour objet de produire en nous. Lotus Bausil en est arrivé la de Son propre fait et sans faire de ciáncessions a personne. Je n'ai guére connu d'a-rtisteplus indifférent aux théories de toute espéce, dont depuis tant d'années, en pa reille matiere, nous avons eu les oreilles rebattues. La méme personnalité qui fait de lui le plus char mánt des amis, en a fáit aussi l'un de nos meilleurs licitares du Roussillon. Sa place est naturellement marquée acoté des deux beaux artistes que fürent, pour nolre pays, Daniel de Monfreid et Terrus. Je ne saurais trop inviter les véritables amateurs de peintures a venir passer un moment dans la salle Arago. iis y respireront l'esprit et le charme de notre province dansl'oeuvre attachante d'un homme, qui, entre quelques-uns, su!, consacyer sa.vie et son labeur a l'airner et a Phonorer. Les Seulptures de Mario Vivés méme n'a pas su échapper, l'ceuvre de Maillol, l'aurore d'un siécle, a pris la valeur d'une indication atinitive et d'une lecon vivante a laquelle II est. devenu impossible de se soustraire mur tout esprit vraiment marqué. Aussi a-t-on pu voir, des contrées les plus diverses, accourir vers l'atelier de Marly ou le rivape de Banyuls, tant de jeunes artistes avides de l'enseignement dont jis avaient besoin. Je n'en- ' tends pas Par la la doctrine d'école dont l'effet le plus ordinaire est d'aboutir a l'acquis d'une facture d'hui tation, mais simplement une éducation de soi-méme, une connaissance plus approfondie et plus complete de ses moyens, la seule chose, en un mot, qui en révélant l'artiste a I ui-méme, lui permette de donner naissance a Pceuvre secrete qu'il porte en lui. On ne saura jamais assez, par exemple, ce qu'un sculpteur cornme Manolo a pu devoir á la rencontre qu'il fit -á Céret. il y a quelque vingt ans, d'un maitre pour tant si différent de lui-méme. EL je crois un peu qu'il en va de me-me pour Mario 'Vives. J'aval§ été particulierement séduit, lors de sa premiére expOsition, par une suite de bas-reliefsqui -étaient comme une peinture vivante de diverses scénes de la vie paysanne et villageoise de notre pays. Ce qui, sous d'autres maifls, eut risqué de sombren dans la vulgarité de la carte postale illps trée; demeurait, sans franchir la limite et par l'effet du plus heureux equilibre entre te sujet et l'expres sion, une ceuvre d'un charme analogue a celui que nous éprouvons toujours devant gene' des imagiers anonymes qui scuipterent nos retables d'églises ,ou encore tels chapiteaux de l'histoi re sainte au ,cloitre d'Elne ; quelque chose aussi pour rester de -notre comme les bonnes peintures d'Utrillo od les imageries de Chagall.'J'ai retrouyé le mérne charme, á la galerie Ca.inpistrO, dans les trois bas-reliefs dus á la méme inspiration, et' par suite de je ne ssais quel le prolongation, plus vivement épanoui encore dans cette barque de Collioure, dont trois hommes, -de leurs épaules, soutiennent la proue soulevée, ou dans ce groupe, déja exposé au Salpn d'Autornne, -des ramasseurs de filets, qui est l'une des choses les plus émouvan tes de cette belle exposition. Da méme sens de l'equilibre dont je parlais, procedent aussi ces statuettes qu'un rien eut-risqué -de réduire aux proportions d'un bibelot et qui |
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