Année 5, num. 1 (gen.-mars 1932) |
Anterior | 1 de 1 | Següent |
|
Aquesta pàgina
Tot
Subconjunt |
VaUespur
CHRIST DE L'EGLISE DE LA TRINITÉ
PAR FRANCOIS SALVAT
JINUER-IIMIS 1932 - Se =le - 1 - PRIX : 5 Frailes
pr
E
-II
vallespir
revue trimestrielle de littérature et d'art
trance - catalogne
e ére t (pyrénées-orientales)
DIRECTEURS : MICHEL ARIBAUD - CHARLES BADIN
COMITÉ DE RÉDACTION :
Jean AMADE, lEdmond IMAZÉS, Pierre BRUNE, Pierre CAMO, Victor
CELAS-1'1'14E, Carlos de LAZ1ERME, MANOLO, Ilenry IUGIIART. Ilenry
NOIELL, Joseph-S. PONS, Frédéric AISSEIC, Francois "IESSEIltRlE.
Joseph-S. PONS
Pierre CANO
Félix PEIX
O. SALTOR
F. TRESSERRE
Edmond BRAZÉS
Esteve CASEPONCE
Simone GAY
Pau BERGA
Victor CRASTRE
E. BRAZÉS
Charles BADIN
Le Gérant, F. CÁSTEIL.
sommaire
Fi-anee et Colonies,
Etranger,
Chéques Postaux 4541 Toulouse
Esquisse du Haut-Vallespir
La Dame á la Rose
Le pare abandonné
Marie
SOngeries
L'amor en el paisatge
Simple carte
De la Costa d'Argent
El Castellás
Mollá d'agost
Amort libre
La Mort a Venise - Tristan - Désordre
Lectures Catalanes
Les Revues
Couverture de Francois SALVAT
Illustrations de Camille DESCOSSY et F. BASSOULS
.11.33401\TNMMni\T"TS :
un an 20 fr.
25 fr.
Téléphone : 14
CÉRET, Imp. F. CASTEIL
la grande alcaline
des Pyrénées
pour le FOIE
l'ESTOMAC
l'INTEST1N
le DIABÉTE, l'ARTHRITISME
les FIÉVRES PALUDÉENNES
EAU DL
u I
nillo
DOUANES - TRANSPORTS - TRANSIT
la Touring Club de France, da Real Automovil Club de Cataluna, de l'Oilice Francais da Tourisme de Barcelone
LE PERTHUS (Pyrénées-Orientales) France
Téléphone N•
LA JUNQUERA
(LIMITES) Province de Gérone — ESPAGNE
lréléphone N• 4
LT
MAISON FONDEE EN 1880
AGENCE EN DOUANES
Correspondants á PARIS — CETTE — CERBÉRE — PORT-BOU — FIENDAYE
IRUN — BÉHOBIE — MENTON — VINTITIILLE — GENEvE — BOULOGNE-SUR-MER
DÉLÉGUÉ
MAISONS
O
LE BOULOU (Pyr.-Or.)
Téléphone
ZXGC9CB`-'ae~XG
V71') 023
o
,WA,~9~.-7játve\I
PERPIGNAN
CASSU a CALAS : Quai Sadi Carnot
l'éléphone N• 7.'13
Orgauisation
Tenue
Mise á jour
Vérilications
Fidueiaire
du
Sud-Ouest
II PERPIGNAN
Café de Fía:otee
13
Pharmacie F. BffilibIE
TÉ1,. : 31
de tules
comptabilités
1~
INVENTAIRES
BILANS
Rue
Camine
St-Sa'éns
Rue du Commeree
CÉRET
Flharrnacie d'ordonnanees
Labor atoire d'analyses
-: cEitirr
JEAN DELSÉRIEYS
Propriétaire
Rendez-vous des
"rouristes — Sportsmeu — SToyageurs
113iere de Champigneulles
Consommations de Marque
TISSUS-DRAPERIES-TOILES
MEUBLES
Maisorz BATLLO
DELOBT el S"
29 et 32, Rue Saint-Ferréol
oci2Liturr
Cliaussures 'frenazos
trine des 'l'hernies
121_311h: 1LUE=1LlES=11311CI1NS
Les plus beaux modéles
Les meilleurs prix
BILUARD
Dépót exclusif des Marques
UNTO et A1UORE
O, 1$
vi LOTION
Industriels
Commerçants I...
SOYEZ
DE VOTRE
SIÉCLE !...
Employez la
Pour tous renseignemenls, s'adresser á la
Stadard
Brevete S. G. D. G.
La
seule comptabilité
vraiment sans
reports
Demandez tous renseignements
F. CARPENTRAS
Organisateur-comptable
Rue Camine St-Saéns
PERPIGNAN
Agent general
D'AMELIE
Sulfureuse trY Naturelle
)ig
<
slwt
Mise en flacon et traitée aux sources
mémes des Thermes Romains
d'AMÉLIE-LES-BAINS
Contre les pellieules,
la chute des cheveux
et toutes les maladies du cuir chevelu
Aromatisée a la Lavande des Pyrénées
Grade Parfufferie Parisiene
d'Amélie.les<.Bains
55, 1=t-u.e des Ther-r-rre, 55
Waion Vadee en 1876
eXZW''WV).(W
I I
YbJY
La plus ancienne be ta Place
12)Z9Z)..11Z(GeXGC114:1.L54:9:
vallespir
Esquisse
da Hamt-Vallespir
commence le Haut Vallespir ? Est-ce á
Palalda ? Est-ce au Pas du Loup ? Toutes ré
ponses me seraient bonnes si elles écartaient
résolument A,mélle, paree qu'elle appartient á la
carte des stations thermales. Servante ou coártisane,
elle attire les belles de Palalda. Elle laisse dans la
montagne des vieillards anxieux du départ de leurs
falles. Elle ruine des villages oil les tuiles tombent
misérablement sur les poutres. Enfin, le souffle des
eaux sulfureuses y ternit la monture d'argent des
hématites. Mais on done commence le Haut Valles
pir ? Si je n'écoute que mon sentiment, qui vaut
bien les données de l'altitude, ce sera au pont qui
méne á la rive d'Aries. Un instant, le regard s'y
noie dans la profondeur d'une prairie. Ce mouchoir
d'émeraude est un signe indicateur. Désormais, les
prairies nous accompagnent jusqu'a la naissance
de la vallée. Parfois elles forment un long ourlet
entre deux chátaigneraies, une déchirure, des
ressauts de plus en plus élargis, indiquant ainsi la
course des fontaines que l'on voit sans en entendre
la rumeur.
Elles s'exposent sur les hauts versants. Elles
glissent en nappe autour d'une masure. Elles dé
bordent de la ligne franche d'un taillis et tombent
dans la riviére, avec les loutres et les rats d'eau. Le
plus souvent elles portent des pommiers avec une
aisance qui tient du prodige. 11 est vrai que le
pommier est le plus docile des arbres. Quand vient
1
septembre, on voit paraitre sur l'herbe renaissante
des meules dont le col se termine en forme de goulot ;
leurs familles vigilantes s'y dispersent, comme si on
leur avait confié la garde des fruits. Et ce spectacle
bucolique se renouvelle sur plus de cinq lieues,
juSqu'a Prats-de-Mollo, petite ville a laquelle les
prairies ont donné leur nom. Je dois ajouter aussi
que ces prairies se trouvent parfois refoulées au
pied d'une montagne inexorablernent nue, et que la
et la des noches oxydées menacent de fermer le défilé
et s'entétent a fixer le soleil, tandis qu'elles plongent
dans le tourbillon d'un gouffre. Ainsi le Haut
Vallespir n'a pas la somnolente humidité des régions
semblables. Un pur climat pénétre ses pentes. Les
convois de mules y traversent les torrents et dis
paraissent sous les feuilles. Sur la place des plus
hauts villages, on fabrique des espadrilles aux lacets
noirs, ouvertes aux talons, afin que l'air y glisse ;
les rues y joignent leurs pentes et leurs détours.
Le Haut-Vallespircommence encore dés l'ins
tant oti ron voit se lever les deux clochers d'Aries, et
ce doit étre au pont dont j'ai déja parlé. Celui de la
basilique a d'in nombrables ouvertures sur ses quatre
2 vallespir
faces. Plus haut, celui de Sant-Salvador est un
campanile sombre. Ces deux clochers se situent en
deça et au-delá de la place d'A des. La place d'Aries
-est un lieu qui répond á mes souhaits, bien qu'elle
soit irréguliére. Elle semble enchantée dans le
souvenir des fétes. J'aime beaucoup ses auvents
portes sur des colonnes, les ruelles en pente qu'elle
reçoit, ses façades calmes, cette niche d'un bléu vi f,
-cette fenétre dont les vitres reflétent l'otnbre noire
-d'un intérieur. Mais quand je gravis le large escalier
qui la domine, il me semble qu'une brise m'effleure
l'esprit. Est-ce paree que le pas est plus ferme sur
le granit ? Est-ce le contact de cette simple rampe
fer ? Ou bien encore un ordre limpide de pensées
doit se former dans un rappel de sensations oubliées,
heureuses de renaitre, eL je ne les connais pas
-encore. Ces explications peuVent me satisfaire, mais
une part d'inconnu demeure intacte si je pense aux
.joules qui ont gravi cet escalier. La cour fermée ou
tnéne est faite pour décevoir. 11 y demeure un
silence gris. Tout au fond, le sarcophage se confond
avec le mur auquel il se trouve adossé, et dans sa
cavité une eau miraculeuse nait d'elle-méme.
Entendez-vous les paroles de la Sibylle ? Croyez
vous á la nécessité des énigtnes ? Alors, une plus
haute pensée se propose. Le tombeau qui porte le
monogramme du Christ réduit en une image la
-création prodigieuse dans le néant. Au savant qui
sourit, le tombeau obstinément fermé répond que
sa vue est courte, et le dialogue millénaire se pour
suit, méme si le couvercle soulevé a laissé entendre
ce souffle : Nada !
Notreémotion fait paraltre plus belles les pierres
sacrées. Ce culte d'un sarcop- bage et quelques autres
indices semblent prouver que l'abbayé d'Aries s'est
fondee sur les ruines d'une basilique. On voit au
dessus de monolithe du portail une croix grecque
Avec les symboles nimbes des Evangélistes ; une
fenétre formée de quatre pierres sculptées rappelle
les monuments de Ravenne, mais j'avouerai que
j'avais d'abord rapproché leur ornementation des
plagues de cuivre quii protégent le front des mulets.
Car c'est devant le cloltre que l'on vient les
bénir:Un rinulet a transporté des rives de la mer
jusqu'au monastére les reliques des Saints. Precipité
de la hauteur du Ribamala par son conducteur, il
continua sa route dans les eaux du Tech, et l'assem
blée des bénédictins accueillit a genoux les barri
ques sacrées. C'est pourquoi les mulets de ces mon
tagnes peuvent courir la tete haute au-dessus d'u
búas nervéux qui les retient.
On dit aussi qu'a l'arrivée des reliques, des
•étes puantes et fort agiles qui pénétraient jusque
dans les maisons s'enfuirent dans la montagne en
• ululant, comme pour démontrer qu'elles incarnaient
réellement l'esprit du mal. Aujourd'hui, ces mons
tres cynocéphales demeurent sculptés sur le portail
de la basilique et sur querques façades de la rue
San t-Salvado r.
Le cloitre d'Arles doit avoir été purfflé par la
méme occasion, car il est dépourvu de tout bestiaire.
On y entre en traversant la basilique, mais une
autre porte y méne, au fond d'une rue déserte, et
trois ou quatre degrés y tombent comrne dans un
admirable bassin. Les toits de vieilles tuiles et de
rares fenétres, le clocher voisin et la montagne
entrevue se penchent au-dessus des colonnettes de
marbre gris. Tout cela est si familier que l'on cher
che á découvrir un pot de basilic ; il y serait sans
doute si les enfants ne venaient tourner a travers
les galeries. Ce cloitre accueillant, place au creux
de la ville comme un nid, me donne la mesure de
l'esprit d'Arles ; la pomme paradisiaque y laisse
une haleine féconde, qui flatte les deux jéunes rois
de Perse, A,bdon et Sennen. En revenant de la fon
taine des Buis, qui coule sur l'autre rive du Tech,
j'ai vu des paysans cueillir des figues noires dans
l'ombre, et j'ai admiré les longs cils d'une jeune
fille. Ces Arlésienties glissent d'une porte á l'autre,
comme des tourterelles, avec une clarté bleue. On a
tracé á la craie ce simple mot sur plusieurs portes :
« Sérénade ». Et toutefois je n'ai entendu que
l'horloge de Sant-Salvador dans la nuit ; elle a un
son plus recueilli au fond de la vallée ; quand le
jour est venu, l'appel strident d'une scierie essayait
de percer le brouillard de la riviére.
*
Prats-de-Mollo est la seeur d'Arles, mais comme
elle se trouve sur une hauteur oil elle est différem
ment éclairée, elle paran plus sérieuse, et peut-étre
en souvenir des tisserands qui s'y étaient groupés,
il y a beaucoup plus de bure sur ses facades. Les
dents blanches des Esquerdes de Roja apparaissent
tout au fond, et la vallée expirante est bien Pimage
d'une frontiére, quoique ses plus hauts sommets
ne la séparent que du Conflent.
Aucune ville du Roussillon n'a la dignité que je
trouve ici, et cette décision a laquelle ji faut bien se
plier. On traverse un vieux pont, la passerelle d'un
torrent ; on se repose sur la terrasse de la Font deis
Capellans et on regarde : Prats-de-Mollo se montre
claire et forte dans la diversité de ses plans, avec je
ne sais quoi d'indifférent dans le regard. Elle est
suspendue sur la pente d'une montagne nue oil elle
a avancé un fort qui ressemble á une métairie. Au
dessus des faeades qui suivent la vallée dans sa Ion
gueur, mais sur un plan incliné en sens contraire,
l'église s'éléve massive, comme une assemblée de
hautes gerbes.
Un peu au-delá, d'autres maisons se trouvent
écartées par un torrent. Elles sont rouillées, noires.
Elles s'épaulent les unes sur les autres et enchevé
trent leurs auvents jusqu'a former une sorte de
dóme obscur. L'ensemble est d'une force calme qui
en réduit la mélancolie.
Je voudrais aussi faire sentir cette qualité
spéciale de l'air, ce dur sommeil de Pair de la
montagne, cette lumiére grise que les chátaigneraies
peuvent-aspirer sans déchoir, lorsque l'approche de
l'automne y est á peine perceptible et couve comme
un feu secret dans toute l'épaisseur des bois. II me
vall_espir
semble que cet air accorde une pensée durable aux
pierres.
Au bout du vieux pont jeté sur le Tech, une
fontaine porte le symbole de la ville, sculpté en 1610.
C'est un écusson ovale oü voisinent Sainte-Juste et
Sainte Rufine ; au-dessous figurent une brebis et
un beeuf. Presque a cóté, j'ai lu cette inscription
gravée au centre d'une niche : « Aqui morí andreu
voyer desta vila als 21 abril 1713. Preguian a Deu
per eh l ».
Les deux Saintes, les troupeaux, la mort tem
porelle, telles sont les penséés de Prats-de-Mollo,
comme elles sont exprimées par le son fondu de son
horloge.
Cependant la petite ville a une histoi re presque
indépendante. C'est dans les détours de ses monta
gnes que se sont formées les preiniéres bandes de
miquelets et d'angelets, quí se rangeaient sous la
banniére de Saint-Michel. Quelques années aprés
le traité des Pyrénées, lorsque l'on voulut étendre
au Haut-Vallespir Fimpót du sol, ces soldats de
fortune se portérent au Pas-du-Loup, ou jis tinrent
en échec les troupes de Franeois de Sagarra. L'un
des chefs de ces volontaires chaussés d'alpargates,
Joseph Trinxeria, prit part a la conspiration de 1674,
qui prétendait rendre le Roussillon a l'Espagne. II
inquiéta les petites villes de la plaine, défendit
Puigcerda, mais ji fut abandonné par ses hommes,
lorsque Parmée du maréchal de Noailles se porta
devant Camprodon. Le souvenir de Joseph Trinxeria
et de ses miquelets est aujourd'hui perdu. On com
prendrait á peine les sentiments auxquels jis obéis
saient, et Phistoire s'efface devant une seule tradi:
tion, celle de la venue des deux Saintes. Elle nous
fait d'ailleurs remonter á l'origine de Prats, s'il est
vrai que les bénédictins d'Arles y établirent d'abord
une manse et une chapelle sous l'invocation de Juste
et de Rufine. Un grand vieillard m'a dit qu'á leur
4 vallespir
arrivée les deux sévillanes demandérent le chemin
d'une source aux moissonneurs. Ceux-ci leur indi
quérent par moquerie le sommet de la montagne
qui porte la ville sur ses flanes. Elles la gravirent
sans effort et elles y firent jaillir une source entre
deux pierres. On sait qu'il n'est pas de meilleure
preuve de sainteté.
De retour a Prats, elles veulent s'abriter dans
une auberge, en offrant leurs épis pour prix de
l'hospitalité. La mauvaise hótesse exige d'abord que
leur blé soit vanné, et il n'en sort pas un grain de
poussiére. Les jeunes saintes versent encore le vin
de l'hótesse dans le van, et l'eau qu'elle y a ajouté
se sépare du jus de raisin, en présence des villageois
rassemblés. Enfin, dés que les deux vierges s'ins
tallent dans la petite ville, celle-ci est débarrassée
de toute épidémie.
C'est rendre au ciel les bienfaits d'un climat
salubre. En tous cas, je puis attester que j'ai vu le
pharmacien de Prats, inclinant sur l'épaule le plus
fin des visages, somnoler devant sa porte.
Les deux fiancées du Seigneur possédent ici un
grand retable dont les haldaquins montent juqu'au
sommet de la nef. Juste et Rufine, entourées des
tableaux sculptés de leur légende, tendent leurs
palmes onduleuses de chaque cóté de leur niche,
avec le méme geste des princes d'Arles.
Si vives et majestueuses, elles commandent la
sympathie. Quant aux scénes de la légende, elles
doivent avoir été prises sur le vif, car la Corporation
des Tisserands avait coutume de représenter a
l'entrée de l'église le Martyre de Juste et de Rufine,
et la piéce avait moins l'apparence d'un Mystére que
d'une Comedia a l'espagnole. Si je prenais la peine
de décrire les retables voisins, on verrait que cette
église est vouée a l'hagiographie populaire. Les mes
qui y accédent son't de larges escaliers de pierre.
Elle ne se trouve si élevée que pour mieux étre
aperçue des fermes disséminées sur le dos des mon
tagnes.
*
4,
La merveille de Prats-de-Mollo est la me qui la
traverse dans sa longueur, du levant au coucharit.
Elle est quasiment intacte, et comme la route du
Haut-Vallespir meurt a deux lieues de la, dans le
pauvre défilé de la Preste, on peut encore s'y pro
menera loisir. •D'abord étroite, elle élargit a droite
le carré d'une place, s'évase plus loin comme un
lys pour former une nouvelle place, éléve le toit de
ses maisons brunes, et tourne en glissant sous la
porte d'Espagne.
La plupart des maisons, méme si elles sont
restaurées, indiquent leur date au-dessus de la porte
arrondie. Beaucoup portent des balcons assez larges,
qui parfois savent tourner sur deux ou trois faces,
autour de l'aile de l'auvent. On voit au milieu de
l'un de ces balcons s'élancer une longue tige termi
née par un pavot de fer. Ornement héraldique et
pyrénéen, inspiré peut-étre par le lys martagon,
cette fieur aux taches de rouille.
La géométrie de la ville se déploie sous ces
mirandes. J'imagine le bain d'air frais qui faisait
plus vives les belles penchées pour voir s'avancer
la procession des Saintes ou la mascarade de l'ours,
ou bien encore, et plus loin dans le passé, les
miquelets de Catalogne. Mais ce ne sont point des
balcons du romanesque. Si le voisinage de l'Espagne
nous inclinait a cette illusion, les façades sobres
seraient la pour nous détromper. Tout• est calme a
Prat-de-Moho. Les pensées doivent étre claires sous
ceclimat, peu nombreuses mais choisies, les passions
modérées, et nullement exemptes de calcul. II n'est
que de retourner aia Font deis Capellans. Aujour
d'hui, des soldats convalescents l'ont appelée Fon
tome de l'Amour, paree qu'elle est un peu écartée,
au crépuscule, mais je penche pour la premiére dé
nomination ; elle est plus malicieuse. Des fenétres
de Prats, on pouvait apercevoir au temps de la
moisson les prétres assemblés autour de la meule
placée en guise de table. lis se tenaient la jusqu'a la
sonnerie de l'Angélus. II y avait des théologiens,
des missionnaires, des hébraYsants qui connaissaient
les paysages de la Bible ; tous aimaient leur langue
catalane, qu'ils écrivaient avec fermeté. C'e,st devant
cette meule que Mossen Jaume Boixeda découvrit
l'inspiration de quelques églogues. Je ne sais rien
•
de plus sage que celle qu'il consacra aux vergers de
cette vallée. O) Elle peut me rappeler une gravure
de Poussin. 11 y régne un plaisir modeste, et n'est-il
pas charmant de voir la pastorale naitre sans effort,
sans défaut, dans un lieu qui en a conservé la
parure ?
On ne com menee la récol te des pommes á Prats
qu'a la fin septembre, lorsqu'elle est á peine termi
née dans les prairies d'Aries. Et d'abord, le petit
(1) On la trouvera dans la belle Anthologie Catalane de
Jean Amade (Cornet 1)08).
5
train électrique verse dans la grand'rue des grappes
de montagnards qui ont fait la vendange dans la
plaine.
lis regagnent leurs métairies, en deçá et au-delá
de la frontiére. Ce ‘sont des groupes patients, que
conduit une seule pensée. On se trouve retenu par
la parcimonie de leurs gestes. Quelque garçonnet
s'attache aux pas de son pére. 11 a des yeux de fouine
et de longs cils sous sa casquette noire, une culotte
longue et étroite de velours sombre. La sceur ainée
est aussi sobrement vétue. Maintenant ils vont
entasser leurs fruits dans des corbeilles, gauler la
chátaigne, et nul ne connaitra leur vie isolée quand
l'automne fera flamber les pentes. Et cependant les
métairies renouvellent leurs gerbes au-dessus des
bois, oil elles se tiennent doucement éclairées.
Joseph-S. PONS.
6 va,llespir
La Dame it la Rose
Ma cousine de ,Barcelone,
c'est la méme qui vint nous voir
- en voiture de poste, un soir,
il y a ?le cela, non cceur, combien d'automne.s?
-C'était une folie el mince jeune filie
vétue en rnousseline rose,
et qui portait a sa mantille
une .rose.
1—
'feint poudér,, páleurs. de j asmin,
-et lévres peintes de .carmin,
h
avec le Tea des plus beaux yezi-r deti'4nonde,.
lid composaient une beauté
qui n'eüt pus il'OUVÓ de seconde
polo l'amouretix qu'en d'azares tempsfaurais ?té.
Ala Cousine que j'eusse aimée
si vous n'aviez ?té de si loin. MOTI ainée,
lorsque je vous luí retrouvée -
plus tard, vous' étiez mariée,
et vous viviez dogns le mystére et la fralcheur
d'1112 palio tala ..• en co.lonnes
roses et jaunes.
Il y- avaitcles oranyers • en /Mur;
des pigeons autour d'un jet d'ecky,
- une voliere d o oit clozinien4des,oiseaux
de toutes les couleurs,
et'deá glycines en guiriandeS aux arceaux.
Vous y receviez les visites,
et ron faisait collation
de pátes de goyave et de fi,ques confites
tout en. laissant Mier la conversation.
Vous aviez pour sortir un joli attelage
de mides a pomponš, a colliers de grelots
et qui vous emportaient au trot
de cet élégant équipage
sous les ombrages de la vieille Alameda
l'heure oit tout le monde -est la.
Et vous portiez toujourá 12 la- mantille éclose
la méme rose !
Depuis, on ne s-lest plus revu !
Ainsi parfois tout .est perdu,
ou paralt l'étre pour le moins,
entre parents quand jis sont loin.
Mais votre souvenir n'est pas deceux qu'on tete,
et depuis ce vieux temps oil vous étiez venue,
M011•ca?ur a gardé le regret
de son secret,
qui fut, Image chére en, moi-méme enfermée,
de vous avoir, fe crois, aimée 1.
Pierre CAMO.
8
7")°19-41-n5,
-va llesq)ir
Le pare abandonné
Cette maison vendue et ce pare dévasté
qui furent la propriété
d'une grande famille éteinte ou dispersée,
comment en soulfrir la pensée
sans un déchirement affreux,
en revoyant quels parvenus
tiennent la place de cena
qui rie sont plus ?
La maison était du temps de Louis-Philippe,
aVee un grand apparternent
donnant
sur un anejen pare romantique
oit se perdaient par les feuillées
de mystérieuses allées.
Entre les herbes el les mousses,
sous un pont de roses en fleurs,
courait un beau canal d'eau n'once
0,72 bragé de saules-pledreurs.
Une fontaine qu'un viedv lierre
allait dégradant pierre a pierre
murmurait solitaire en des bosquets secrets.
Mais la merveille était un rond-point de cyprés
fc<it' et qu'une époque heureuse
parait du souvenir d'une féle farneuse.
C'était en carnaval, fe crois,
Les travestis étaient de personnages cropéras,
et ron y voyait Aff icaine
_
aveC Lucie de Lainmermoor,
.Figaro, Rosine, Lindor;
et toas les héros de la scéne,
Don Pasquale, Fra-Diavolo,
et mon grand'oncle toujours beau
en Postillon de Longjumeau.
11 y avait les trois baronnes de Miro
et la .meilleure compagnie
de gens a partitule et d'authentique bourgeoisie.
Le ?mitre charmant da logis
avait pour femme
une dame
aux maniéres d'un ton exquis.
Je la revois encore en robe a trame bleue
chantant au piano u queue
ans le vaste salon un pea vide et glacé
au fond des glaces prolongé.
Mais le vent da Malheur depuis a tant soufflé
que tout cela n'est qu'un souvenir désolé !
Belles ombres qui des demeures souterraines
reniontez quelquefois la nuit,
si jamais désir voils conduit
vers ce qui fut votre domaine,
de. quel affreux tourment seéret
allez-vous remporter la chame et le regret !
Avec l'échó de la derniére féte,
s'est tu l'Esprit qui l'inspira :
ce n'est plus la que le domaine de la Bale
ou melle Belle ne viendra
comme aux temps abolis, rompre l'enchanternent
d'aucun Prince Charmant !
Pierre GAMO.
lo vallespir
Félix Peix
Les Musés de la Fontaine Daudé seront heureuses d'entendre un nom qui
leur eq cher, Félix Péix ayant- eté, un familien.de leurs ébats. De son jardin,
situé tout prés de cette fontaine, it avait entendu leurs rires et leurs pleurs, et
nous les avait tradnils en sónorités 4mouvante§, en rimes mélodieuses._
Les Cérétans, qui Vont connu, reverront, et la lecture de ces lignes, sa
silhouette plejne de bonhomie, laitírun bel éclat la flamme du romantisme.
Vallespir, a qui publie aujourd'hui des extraits de ses a Songenes a et de
ff Marie, » a l'intention de consacrxr, dans, le courant de l'année un numéro
spécial au poéte-musicien cérétan, et au philosóphe profond qu'était Félix Peix.
Notre Revue,dZores el déjá, remercie sa. filie, Mademoiselle Marie Peix,
perur sa complaisance mettre notre disposition les écrits paternels dont elle est
la détentrice.
Marie
(Extrait)
DÉs l'aube, j'étais sur pied, comme les hirondelles
dontj'entendais les nids gazouiller, timidement
encore, sous mon toit, et, sans m'atta.rder aux
ravissantes perspectives de la montee, je gagnais
d'une traite sur la montagne., mon site pretere, un
platean eleve, on, laissant a l'as ir vif da matin le soin
de sécher la sueur qui perlait sur mon visage, je
m'abandonnais, dans une demi-réverie, h. la contem
plation du splendide tablean qui se déroulait sous
mes yeux.
Si elevé que fut le platean, ji était lui-méme
dominé par un deuxiéme étage de montagnes aux
flanes desquelles s'éschelonnaient dans tous les sens
d'immenses bois de chátaigniers et de chénes-verts,
partageant ces hauteurs en trois versants principaux,,
dont la réunion concourait plus bas h former le
torrent unique qui, profondérnent•ençaissé dans son,
lit de roche vive, se précipitait par des gorges inac
cessibles, dans le vertigineux abime oír seniblaient
s'étre pétrifiées les convulsions de quelque ancien
Títan.
Sous mes yeux, et comm'e a mes Pieds, entre
l'imposant massif de montagnes qui, d'un cóté,
limitait l'horizon, et la vague:ligne,bleue de la rner,,
qui, da dité opposé, le prolongeáit a l'infini, égaysée,
.de l'un a l'autre bout, par les serpentements de sas
coquette riviére, s'étendait ma vallée avec ses mé
tairies, ses hameaux, ses viliages, avee ma chére
LA RÉ DACTI
bourgade enfin, dont pas un toit qui ne parlát á mes
yeux, et.par mes yeux á mon cceur, ce délicieux
langage des choses qui a éveillé en nous les premiéres
sensations de la vie.
Peu a peu cependant, la vallée se dégageait tout
fait des yapen rs qui l'étreignaient encore. A lors,
l'extreme horizon, surgissaient de nouvelles monta
gnes, et derriére ces monlagnes, mais loin, bien loin,
dans le ciel hleu, je voyais s'agiter, comme a travers
un nuage, ce monde féérique vers lequel rn'entrai
nait, depuis quelques jours, je ne b•ais quelle force
inconnue ; et, de ce monde mystérieux, de cette
nativelle terre promisez je ne pouvais détacher ni
mes regards, ni rna pensée. La Gloire. Elle me sern
blait, maintenant, si facile a átteindre !... Qui done
ayait pu lui attribuer cet aspect effrayant qu'on préte
h. la Chimére ? Est-il si diffici le, au ,bonheur,de don
ner par surcrolt le talent en partage ? Car c'est ainsi
que j'étais heureux:de ce honheur qui ponme aux
générepses résolutions, qui est comme le rayonne
ment de nous-méme, le plus exquis de notre esprit
'et de notre ccenr.
Et,lorsque le soleil avait sur tout étendu son
empiré, ne láissant plus rien d'obscur en moi ni
autour de moi, c'est rayonnant, c'est augmenté de
toute cette merveilleuse nature, que je regagnais a.
grands pas le village. Félix PEIX.
vállespir
Songeries
Nous mourrons bien des morís, hélas ! avant de mourir... El de
tules ces morís, la vraie ce n'est pas toujours la derniere !
Ne laissons point une habilude méme bonne• aller j usqu'au pli.
Si bon soit, le pli, it lient toujhurs un peu de la ride..
Qu'elle est mélancolique elsaisissante, et vraie,•celle expression
a rendre le dernier soupir » ! Le dernier... .Comme si la vie en était
faite, el que soupirer lút la condition de nous bous ici-bas.
Rarement l'impression dujour estcelle de la veille, el l'onirouve
á loza, le lendemain, un peu de he. N'usons done qu'avec précaution
de ce que le vieillard appelle si inconsidérément son expérience... Ji
y a tant de lie, lant de lie, au tond.
11
Pour certains, vieillir c'est s'enrichir d'années, pour d'autres
c'est s'en appauvrir.
rimpertinence est l'esprit de lasottise—oula sottise del'esprit.
Pensez-vous qu'elles soient compléles les levres qui ne se sont
jamais ouvertes qu'au Manger el au boire ? Laissez dire les gastro
nomes : le meilleur-des léVres,-c'est le sour-ire el le báiser:
12 valiespir
•
De ce qu'un caractére est réel, ji ne s'ensuit pas qu'II soit vrai.
La est le malentendu, le p. iége, la Confusión de l'école réa liste. Voyez
le paysan dans a la l'erre » de Zola ; voyez-le ensuite dan,s « la Mare
au Diable » de George Sand. lis sont aussi vivants, aussi « vécus »
?'un que l'autre ; mais le premier West que réel, l'autre est vrai.
Avez-vous observj dans certaines localités — fe ne dis pas
lesquelles, einbarrassé que j'en serais peut-étre, máis pour sür il en
est. Avez-vous .observé dans certain9s localités honnéte banc de
désoeuvrés que fai en vue ? Jis sera la, toujours les rnémes, á leur
place accoutumée — qui, entre les mains un journal qu'tl ne lit pas
— qui, le menton aplati sur la pom,me de sa-canne , les deux
coudes sur la table, car c'e<t ordinairement devant un café que la
scéne se passe — toas dans l'immobilité la plus absolue. Pas un mot,,
pas un regard, pas un geste qui, puissent étre co-,,sidérés comme un
appel et la curiosité, á la vie. De temps á atare, seulement, un formi
dable coup de poing s'abat sur la table, suivi d'un béiillement _et
désarticuler les machoires d'un verlébré ordinaire, et on peal voir
alors le banc tout entier qui, sur le coup avait brusquement relevé la
téte, promener autour de sot ün regard morne el vide, pour, toute
chose vue, se replonger dans son insurmontable torpeur.
De qui parle-je ici ? De gens don,t cerlains « avaient quelque
chose lá » peul étre, et qui auront ainsi passé leur vie, toute leur
vie... â n'étre .pas encore morts.
Prenons garde qu'á force d'aller trop au fond'des choses, nous
ne finissions par en perdre de luce les sommets.
Ce n,'est pas la faim seulement qui est mauvaise conseillére,
c'est aussi— el plus souvent encore que la taim — la Sociélé.
valles[ni 13
Il y a dans les personnages les plus saérifiés de Moliére une
pointe d'inconscience,' de bonhomie tout au moins qui les empéche
de tomber dans ce quej'appelerais " l'odieux" d'U ridicule. Tartuffe
lui-ménze bénéficie de cette inconscience. Ji l'est si tranchement,
lartule, qu'II semble l'étre " de bonne toi."
•
L' homme se trouve dans sa raison — tel le poussin dans sa
coque — si' á l'étroit, qu'il tau, luí aussi, tous ses effortspour la
rompre sa coque, el son coup de bec, a luí, son moyen d'évasion,
c'est la Poi.
L'égalité ne peul se concevoir que niveleuse — et niveleuse
jusqu'â zéro.
On ne disait pas chez nous autrelois : je suis natir de Id
village », mais je suis fils de tel village — « soun fill de Ceret »
Oh ! la touchante expression, je trouve.
Bien de ce qui tient el la tradilion, a l'autorité, ne peut s'eta
blir sur une base aussi changeante, aussi imponente de frein que
la propriété mobiliére. Une Société dont la propriété fonciére n'est
point la base, n'a pour support que l'inconstance méme da prin
cipe auquel sa lortune est liée.
Les grand,s esprits vont d'eux-mémes á nos qualités — les
petits á nos défauts — les médiocres au reste.
Vous représentez-vous la mer sans rivages ? Oui, si vous vous
représentez l'homnze sans Dieu.
Félix PEIX.
14
L amor en e
corda lírica propiament dita suposa sovint
una abstracció intima de l'ésser, un encela
ment dins la própia. beatitud, dins el propi
enyor o dins la própia eSperança. •Quan l'amor hi
juga essencialament el rol principal, aquesta eleva
ció interior pot traduir-se, a rnés, en frisances
nit, en sed ultraterrena, en elegia cósmica. Tanma
teix, hi ha autors que, per la naturalesa de Ilur
sensibilitat, freturen indispensablement de recolzar
se damunt realitats perceptibles, a l'ensems que
belles, per a teixir el ressó personal de llar can t.
Res com el paisatge per servir de pretext o de
majaal líric en l'aspecte amorós. El paisatge catalá,
i sobretot el paisatge del Pireneu a l'Ebre, té
aquesta discreta i dolça virtut de fer-se compatible
amb qualsevulla intimitat amorosa, i d'esdevenir-ne
fins i tot, lógicament, planerament, el millor
comentan. Altres voltes aquest pais'atge és un
apart, on el poeta pot decantar oportunament
l'esguard, després de l'enlluernament prodúit per
la visió idíliica, o de la saturació anímica que la
possessió del goig sentimental li produeix.
Es indiferent la qualitat distinta del poeta per
qué aquest fenomen s'hi dongui. El trobern en Mara
Manent, cantor d'una sensibilitat excrilisida,:mati
sada de tons madrie-alescs :
a Pel caminet de la muntanya
hi ha estepes i bruc florit ;
melangia, dolça conipanya... »
-
El trobern en Josep Ma de Sagarra; com pér
alles.pil•
paisa ge
exemple en les seves « Cançons d'abril i de novem
bre, » on aquesta dualitat de mesos (esper iLlusionat
i esfullament de cendres) cobreix clarament tota una
« suite » d'évocacions sentimentals. El trobem en
Josep S. Pons, a través de,tots els seus llibres, des
d' «El bon pedrís », a « Canta-perdiu i « L'aire
i la fulla ». El trobem també, i ella ens és el motiu
concret d'aquesta digressio general, en la seva ger
mana Simona Gay, aquesta poetessa rossellonesa que
els Jocs Florals de Girona consagraren darrera
ment.
Un atzar junts amb la nostra curiositat, ens ha
fet tenir a les mans aquests dies un recull de coses
disperses d'aquesta escriptora, totes elles d'una per
fecta claredat sentimental ; totes elles també flors
vives de paisatge nostre, polsat amb una delicadesa
refulgent de tan pura, com si el motius — arbres i
ambients — fossin transfigurats per la rosada, que
en precises, amb esclát definit, les propdrcions i
Pencis:
Qui té el secret del dolç soinni blau ? »
es pregunta la poetessa en « La flor de la son », finís
sima cançó de bressol.
-On s'espelleix, en quina vessana? »
Mes, infant, la cercarás'debades, si no éš en l'amor
i en la il-lusió maternal que, després de recórrer,
en amable volateig, la natura, tota sola et pot gua
nyar aquell secret per a tu, com diu l'autora, amb
efusió ben viscuda.
En « Cami de la font », caneó consirosa, entre
el somriure i l'enyor, la natura. parla a la poetessa,
de l'estimat :
« Jo que en% creía tota sola
i la font parla de tu... »
La font en parla i el cami l'hi mena, no pas
sense posar-li al pas un multiple encant ;
•
Tota sola, tota sola,
bé m'encanta aqueix camí !
Dolces flaires s'hi barregen,
farigola i romaní ;
dolces flaires barregen,
aquí passa un esquirol,
fugiria si me veia.
Cora refila el rossinyol ! ».
Més enllá, en « Flor de la clina », que
« és poncella i no pot florir »,
ens descriu en poques parau les el misteni recatat
.d'aquesta perla de les altituds :
« Poes la veuran flor espellida,
de colors d'or tota vestida ;
allt dalt, dins el pou de neu,
congestes, bé a l'apresoneu ! ».
Peró no tot se'n va en peces líriques d'aquest
.caire ; la profunditat del senliment, troba també la
.seva immancable gracia expressiva en aquesta
val1epii 15
poetessa rossellonesa, pera poder fer sensible 1 idil.li
i per donar-li al fons del cor arrels perdurables,
dintre la serenitat suprema de la contianca mutua,
de l'amor compartit, en la companyia acollidora del
paisalge que hi ha al volt. Heu's ho aci en aquestes
amples i afinades estrofes de « I qué ens hi fa si
plou... » :
« . . . .
. . que s'acuid qui vol,
mes tu i jo, perqué Tenimtota la terra...
Qué cercarem de roés ? Quin plaer, quin paisatge
que valgui, la dolçor de nostre esguard mesclat ?
Assentats sus d'un roc, deixem caure el ruixat,
que l'alzina amb sos brames nos fa de cortinatge.
Amb dos palets trenquem l'avellana que és plena,
la guaites amb amor quan la tinc sus la dent,
i cada una que princ, la vol ton llavi ardent,
i som com dos infants que fan bona berena ».
Tota l'ingenuitat del Carner d' « Els fruits sabo
rosos »i tot l'équilibri sentimental d'aquest autor
en « El dolç.repós », els trobem aci completats amb
la més fina te.ndresa oriental d'un Tagore o deis
millors liries xinesos, matisada, peró, amb una
impalpable claror i una personalissima concretesa
mediterránies.
O. SALTOR.
16 vallespiv
Simple earte
¦
Ne me demande pus ce que je fais ; je marche
Dans les bois ;je regarde un peu d'eau sous une arche ;
Je nz'intéresse au vol d'Un insecte ; le ,mur
De l'enclos enjumbé, je in'enfuis dans l'azur
Avec l'odeur des mollts, la feuille et la phaléne.'
L'áme des vins .nouveaux senzble s.aoider la plaine.
Je me souviens, Ande, de nos gestes heureux
et je suis indylYent aux conples amoureux
Surpris sous les,:figuiers.. Je. vais ; et je ,rattrape
Le clueur des Vendangeurs que parfume la grappe.
Je regarde gicler la cuvée au fouloir ;
Je zis des francs propos qui s'échangent le soir
A l'angle des cuviers oi? Bacchus se réveille ;
Je dispute en passant un raisii a l'abeille ;
Je vis dans l'abandon de l'ombre et des chernins ;
J'élis des Ileurs, des ceps, des visages humainl ;
J'ouvre un livre, et soudain par cette vifre ouverté
Mes .réves. en -essainz vont ez la décortverte
Qui sait sur qzrels coteaux et sur,quels genéts dor
Se posera demain leur nostalgique essor. ?...
Le crépuscule 'vient, rehausse d''ór • les lignes
De l'horizon, étend sa pourpre sur les vignes
Et, dans le bruit des chars qui passent trébuchants,
Eyréne l'Angelus sur le bourg et les champs...
Je l'entre dans mon mur, je t'y vois tout entiére,
Et ce bonheur me fait une nuit de lunliére.
F. TRESSERRE.
De la Costa d'Argent
passeig vora el mar, a les nou del vespre.
Fán el vá y vé : el muscadi vestit a la
derrera « coupe », ; el senyor d'edat madura,
cabell grisench, calces y sabates blanques, dret com
un jove, plantant cara a tothom. Vet'aquiuna blonda
« yankee » ab el tint ennegrit pel sol o altre artitici
qui li fa ressurtir una enlluhernadora pinyolada de
dents y li esmalta el blanch de l'ull ; l'acompanya un
despenja ligues de miny-ei ab cabell roig tot rinxolat :
una mena de Lindberg desganat. Ara passa un copie
argentí : marit carrégat de maneres, veu enfática,
hont els : Yo !... Yo !... repetits tant y més, esquin
sen les orelles ; muller fent gala d'un inalterable
somris estudiat ; joyosos son els diamants bellugant
se en ses orel les, fars qui atrauen l'enveja d'una mar
de badochs.
Mentres els lletreros lluminosos lán joguines
sus les fetxades deis palacis, en el Casino, els tzigans,
ab vesta vermella, fan brunzinar els arquets, y'l més
Quan hora arriba de Biarritz, dominant la badia
deSant Joan de Luz, boa els vaixells. tenen ayre
festiu ab Ilurs banderetes multicolors, hont la
Pergola enfática y satisfeta s'espia els banyistes
bellugant sul sorral, y qu'hom entra en el carrer
major hont les autos de luxe, relluhentes de vernis
nou, fan un va y ve incessant entre mitg deis iniral
lets deis aparatos, hom té l'irnpressió de visitar una
vila mundana.
vallespir
I. — 13larritz
II. --- aiit Joan de 'Luz
17
moreno de la colla deis jutglars, qui s'ha posat tot
devant per encisar els auditors ab son joch de mar
tellets de feultre, no arriba a fer girar el cap deis
banyistes entaulats, qui semblen avorrits del tot.
La mar;mentrestant, ha pujat en la part més
alía del sorral, escumosa, abrahonant-se contra no
sé qui, ~bina dir que'l caliós és .prosp‘er. Se
boluda esbpjarradament sus la sorra hont els cossos
de les dones hi havien marcat llur jaç, hont els
infants havien edificat castells éfimers, hont tota la
tarda hi' havia corra l'Amor sota les tendes amaga
disses. Y aquella aygua purificadora anivella la
platja, emportant-se ben lluny les mesquineses, y,
pot esser, alguna cosa seria.
May he tan compres el somris de bonze d'aquell
tzigan moreno, may he tan comprés el sarcasme
d'aquella música berloca, mentres el mar extenia a
tot arreu un reny moralitsador.
Més no gayre Iluny de « La,Potiniére », en mitg
de tot un desplegament de modemisme ultrátjant,
s'alça, humil més significativa, una vella pedra
marcada ab inscripcións desentéses per molta gent,.
qui sembla dir : « Som sempre aquí ! » Rés de tan
-corprenent qu'aqueixa ven de l'avía en la llar
ren. ovada ! Es l'anima deis vells dins un cós
tornat jove, o més aviat que sembla més jove ab sa
vestidura nova. Son els recorts d'antany ab tota llur
18
puresa, ab tota ilur estábilitat. dios un ambient
factiei hont se cambien ab les !lunes, les robes, les
sabates, les autos, etc...
Aquesta pedra symbólica és l'index alçat de
terra mostrant el camí de la tradició:,
No gayre Iluny és Figlesia, aquella vella iglesia
qui serva el flam de l'antigor, ab ses tres typiques
galeries sobreposades entorn de la nau com en una
sala de theatre medieval, y hont el Sant Crist, clavat
en creu té una expressió de cara tan punyenta. Es
aqueixa expressió dolorosa que, segur, el rey Lluis
XIV vegé quan s'apropá d'aqueix meteix altar tot
endaurat, en eompanyia de l'Infante. La porta hont
passá el cortegi real és tancada des del dia de les
noees del rey de Franca. ab Maria Teresa d'Espanya,
ab celebració d'un fet extraordinari, y per desmos
trar el culta del Base per les coses grans, el respecte
de les gestes maravelloses. Aqueix !lindar no há estat
franquejat per ningft més, y guarda intactes la
petjada del prince, el fregadiç de roba de !'Infanta.
Es un norés, me diréu, qui s'ha esvanit fa molts
anys ;'més l'impalpable perdura més que'! material:
un eoncept,'una ideya és mes ristent qu'una torra
feúdala:
Y és per aixó qu'aquesta raça qui presa tant la
noblesa dels.sentiments, és mantenedora de tot lo
que toca el. batrimoni ancestral. Com aquella dolor
del Crist és iintnudable en mitg del sara-u inunda ;
corn aquella pedra no canvia rodejada qu'es per
l'elegancia de l'epoca, l'anima basca és lo qu'era hi
ha tres cents anys, y sa Ilengua, parlada no més en
un punt infim del mapa, s'es tnantinguda sencera
malgrat les radiacións de les llengues estrangéres.
Sant Joan de Luz és la Ilum capdeVentera, és la
teya de la tradició senyalant a les terres gerinanes
que l'anima popular és sempre viva y que avança
triumfant dins la mar deis anys.
Per riosaltres, Catalans, l'exernple base té
d'esser reflexionat.
'Quines rels tanfundes té aquesta raça, per guar
dar So, personalitat; malgrat° la rivada desenfrenada
de l'éstrangér versaqueii paradiç terrestre hont les
poesies de la le'rra-y del eel se junten en una comu
nió-mtin rica.
Qu:na cosa tan incorruptible deu esser aquella
va
ánitna qui, en mitg de l'atracció deis divertiments
exótichs, guarda com a reliquies els seus balls y'ls
seus jochs.
Fins no sé ab quina carn és pastada aquella.
caradel typo base per_que,no s'assembli abcap altre,
servant la puresa y la finor deis models antichs.
En aquesta epoca, hont l'ona unificadora de la
estandarisació cerca a destruhir la diversitat de les
luces y de les llengues, l'exemple del base és rich ala
deduccións. No que'l progrés sigui inconsiderat dins
les vistes d'aquet regionalisme integral ; no que
l'intransigencia domini per no accejítar les exígen
cies de la vida ; més aquesta flama transmésa pels
nostres antepassats, no la deixem apagar. Es nostra
vida propia qui s'apaga ab ella, car un poble qui
pert son carácter, qui deixa secar la- poesía de son
ánima, és un poble mort.
Dins !'historia hem vist que, menyspreuant les.
frontéres de Déu, bornes envejosos han emmenllevat
la terra d'al tri. La tirannia del vencedor ha subjugat
l'oprimit dnrant moltes anyades, durant centúries.
Més l'arreglament natural de les races, qu'es una
evolució sensilla aplanint les difficultats insupera
bles a primer antuvi, torna donar a cada hu ço que
Ii pertany de dreta Iley, a la condició que -no hagi
renunciát a sos pares. Es el cás de la Polonia, 11
Txécoslovaquia,.els Estats Balkanichs y tants altres.
Y com se trova que l'opressor vol sempre per impo
sar-se, castigar el natural, és a dir les costums, y
sobretot el Ilenguatge del poble avassallat, aqueix
meteix natural s'arrela més malgrat la tronca escap
sada, y hom és estonats del veure rebrotar més
ufanos el d'ia de la desIliurança, com uns platáns
coronats.
Signém donchs lo que sém, fills de la nostra
terra y tinguém l'orgull de dir nos Catalans, nescuts
a l'anapar del Canigó, nodrits ab els suchs qui han
fet nostra raça, parlant la !lengua 9ui nos ha gron-xat
al breçol, qu'em exprelsada quan el postre co,r
ha estimat, ha cantat, ha sufert, ha plorat, y per
darnunt deis Pirineos alcem ben.alta l'atxa de nostra
tradició, per quels nostres gertnánl del pays base,
veyent-la poguin dir Já porlém rnarxar, d'altres
nos segueixen !
E. BRAZÉS.
vallespir
EL CASTELLÁS
Si tenia deu anys, encara hi tornarla
Si' tenia deu anys...
Sus del roch .espadat del nostre Castellies,
Ab els nins del carrer qui, a. 4ota hora del día,
Hi anaven per llisar, sentats sobre'l debas.
Les calces, altre cop, aylas hi esquinsaria,
Obligant la padrina a posarhi un pedav.
Si tenia deu anys encara- hi -tornarla
Sus del rbcli espadat- del 'nostre ‘Castellas !'
Diu que l'han barrallat y que no hi passaria,
Sense ferme a la pell algun mal aranyas...
„..
Ajudat pels ,companys, prou que la trencaria
La' barralla enfadoa y m'obririalPas.
•
Si tenia deu anys, encara hi tornaria
Sus del ioch espadat del nostre Castellas 1
19
20 vallespir
Als vuytanta dos anys...
Als mytanta dos anys, y per valent qu'hom siga,
La joven ana ardor se trasnzuda en fatiga,
Al punt que si, álgun cop, provi d'allargá'l pas,
Tant al pla com al rost, les cames me fan ha,
me veig obligat d'aná a _pas de formiga ;
Bon goig que no me calgui encara torna atrás.
Ab sa roca negrusca y sa muralla antiga
Me'l miraré de lluny el nostre Castellas,
Als vuytanta dos anys !
Tant més que ja no hi sea, companys de mala lliga,
Manrelles y Cardons, Bigorres y Batas !
Y vos també 1d falteu, vella padrina amiga,
Per ferme un culcusit si se donava'l cas !
A llisetes de nins, donchs, no nz'arrisqui pas,
Als vuytanta dos anys !
Esteve CASEPONCE.
Ille
vallespir. 21
Mollá •d'agost
Com un sospir lleuger
volgut en la mesura,
sospir dins l'ample alé
de l'estiu d'or, ~sial pura,
aanb el pés que convé
cau la /Mita madura.
Sembla, d'un goig seré,
estona plena i segura ;
envolta el presseguer
un eikarn, sol brunzent, en el chor queperdura.
Sirnone GAY.
22 vallespii
AMORT LIBRE
Es diumenge. Que complóten ?
De son costat cadón va,
i a la gara tots dos tróten,
quan el trine s'en va arribá.
Un vagón vuid ell se llesta ;
fa signo a-n ella amb el dit ;
al marxapié grimpa, Ilesta.
Vé t'aquí 'I copie partit
Aront s'en van ? Cap a Prada !
Amorós i enamorada,
per la tarda el món és llurt.
Viva llibertat i amort !
Ella sembla vergonyosa :
— « Déu no'n guart, que la mamá... !
— « La mamá, rai 1 » Carinyosa,
al cóll ja li tén la má.
De se cuita, encara és roja.
su'Is ginolls posat el sao,
póc per tu si pensa a fuge,
mentre 'I córt li fa tic-tac !
Costat a costat, s'apreten,
se permeixen i se freten.
Lo temps z'hi semblará curt,
en la llibertat i amort.
O, que festejen de gana !
Penseu si se diuen « tu » I
Depressa, a l'americana,
s'enganxen en un potó.
I qu'ho fan Ilarg ! Mai n'acaben.
Tant pis si'l mUrro els-hi escou !
Igual l'un com l'altre en saben ;
dónc viam qui dirá « prou ! »...
Més, quan s'aprópa una gara,
s'alcen i tranquen la cara,
que'l retiro resti llurt
per la llibertat i amort.
— « Els finestrós tapa, tapa !
Així tancats, a l'hotel
te sembla pas qu'hóm se trapa ?...
—« Ui 1 Ui 1 Vé t'aci un tunel !
Com la maixina, repica
lo teu córt, zup-zup, zup-zup !
Que t'en seria, flonica,
si nos salligués un llop ?... »
El llop és eh l ; i la serra...
La llum torna. Su la terra
val més fosca que cel purt
per la llibertat i amort.
Tunels, gares van i venen.
La darrera ! Són al pórt.
Dins del món quin cami prenen
Irán al Sud, o bé al Nórd ?
Sense se tocá, parteixen
si fan bracet, que dirá
la gent ? dónques s'enllesteixen ;
ruta amunt, vingui tirá ;
solets bé'Is hi triga d'estre !
Trenquen dret dins del campestre,
caminant en bonhimort,
en la llibertat i amort.
Ara, torná, s'aparien,
braços i cintes lligats.
Pel cotiu se desgarrien.
Que cerquen ? Sere amagats.
Aixís van, róda que róda,
sense sapigué aront són.
Presos d'una mala góda,
aquí cauen su'! gazón.
El! potoneja ; ella embraça ;
se tornen... I Phóra passa.
L'agulla a la móstra curt,
en la II ibertat i amort.
9
vallesp r
—« Oi ! qu'és tard ! » Trasquen i curred, ,
bufen, lo cap trabocat ;
se giren los peus ; s'amurren...
Malhaja ! El trine és mancat !
« Tabé, tú, que no m'ho dejes,
qu'era hóra ? » — « Vós te callá ?
Quan deii « Partim ! » te'n reies.
Trés cóps te vai sodrillá. »
— « O, s'acaba bé la tarda ! »
— « A-ne jó, la fam m'enllarda ! »
S'han girat en malhimort
la llibertat i l'amort.
Per quin és la mala afera ?
Eh l arrai ! fadrí, se'n fum.
Més ella, tothóm l'espera.
Com s'ho penrán ? Deu meu !Cóm
Lo més a crenye és el pare,
tant surrut i que mai riu.
Pobreta d'ella ! La cara,
de les mórmes, ja u priu.
Puntes de peu, garrotades,
ernplastres i bofetades
van a trencá, net i curt,
la llibertat i l'amort.
23
Pau BERGA.
24
La Mort o Venise
Tristan Désordre
11-4ES deux fréres Mann, aujourd'hui également
célebres en Europe, sont aussi dissemblables
que possible l'un de l'autre. Heinrich est dé
mocrate, pacifiste pendant la guerre, naturaliste en
art ; Thomas, aristocrate rió, signataire du manifeste
des 93, est un écrivain psychologue plutót qu'un
« peintre de fresques » : bourgeois, grand bourgeois
de la décadence, ji aime la musique qui trouble les
nerfs et il se plait a étudier les milieux qui glissent
vers la mort : par quelques cdtés, ji fait songer
Barres; mais, plus habile que Barres, l'ancien admi
rateur de l'Alleinagne guerriére a su accepter a
temps la Bepublique née de la révolution de '18.
Les chefs de la famille spirituelle de Thomas
Mann sont Schopenhauer, Wagner et Nietzche ; ji
a hérité le pessimisme de Schopenhauer ; de Wagner
les harmonies le bouleversent. Mais que doit-il
Nietzsche ? Sans doute le goút de l'art, del'écritu re
savante en méme temps que la súreté de l'introspec
tion psychologique, tandis que lai échappe le
lyrisme héroique du philosophe de Fils Maria et
surtout son non-conformisme absol u. (L'héroisnae ji
cherche a l'atteindre par un total sacrifice á l'art.
Voir « Mort a Venise »).
De son oeuvre essentielle, les «Buddenbrook »(t)
nous ne devons pas, ici, parler. C'est dans ce livre
capital, cependant, que Thomas Mann a réalisé le
dessein qu'il lui était donné de réaliser exactement :
(1) II faut noter que Thotnas Mann avait vingt-cinq ans lorsqu'il donna les a Buddenbrook » (1901).
vallespir
par rrhomas MAIN- T
(Editions KRA, PAnis)
raconter et analyser l'histoire d'une famille de grande
bburgeoisie allemand-e et en particulier l'histoire de
sa ruine mor*. 11 n'est pas douteux que les « Bud
denbrook » trouveront toujours des lecteurs, tandis
que son « Zauberberg » (La montagne merveilleuse)
risque de lasser par l'abus de la « dialectique ».
...La « Mort a Venise » est*un ouvrage de di
mension mediocre, mais de tres grande portée ; la
part auto-biographique est importante et le probléme
moral qui s'y trouve posé est parmi ceux qui préoc
cupent, qui passionnent le plus l'auteur : la
conscience d'un écrivain célebre devient "le champ
de bataille oü l'esprit bourgeois et l'esprit artiste
entrent en lutte ; le fils des négociants en grains de
Lübeck s'empoigne avec l'admirateur de Wagner
ou de Nietzsche. Je ne doute pas que Mann n'ait voulu
donner a cette longue nouvelle un sens symbolique.
Son fieros, Aschenbach, demeure a Venise ou le
retient la passion qu'il acolme pour le jeune Tonio,
adolescent polonais d'une beauté admirable : ainsi
l'artiste triomphe du bourgeois ; mais Aschen,bach
qui vit dans son réve passionné, ignore que le
choléra ravage Venise et ji meurt ; conclusion
nietzschéenne : l'artiste, le super-homme, sacrifie
tout a la beau té, á l'art, tout et jusqu'a sa vie oil sa
raison. Aschenbach meurt pour ne pas avoir voulu
renoncer á la contemplation de ce beau type humain,
Tonio, comrne Nietzsche sombra dans la folie pour
avoir découvert une trop profonde, trop brillante
vérité.
Le personnage d'Aschenbach est báti avec un
art savant : n'est-il pas d'ailleurs le seul personnage
de la « Mort a Venise », Tonio ne jouant ici qu'un
róle passif et muet, simple outil qui sert les desseins
de la Fatalité ? Thomas Mann a créé avec amour son
héros qui represente pour lui le type ideal de
.1'écrivain : « Aschenbach était le poéte de tous ceux
qui, a la frange de l'épuisement travaillent, qui sont
accablés, usés déja, et tiennent debout encore, de
ces moralistes de la prouesse qui, fréles de nature
et manquant de facilité, réunissent, a coups de
volonté et par une sage économie, a tirer d'eux pour
un temps au moins des effets de grandeur... jis sont
les héros de notre époque. »
Nietzschéen encore ce culte de la volonté, cet
amour de la grandeur. Le drame nait au mornent
ou cet écrivain méthodique devient la proie de la
passion le dénouement du drame, on le connalt
dejó,.
«Désordre» groupe trois ingénieuses nouvelles;
j'aime beaucoup « Désordre », la premiére de ces
nouvelles, tablean de l'Allemagne de l'infiation, de
l'Allemagne oil un ceuf coútait dix mille marks. On
y voit un grave « professeur » bousculé dans ses
habitudes et, a la faveur du temps, renonçant aux
anciennes disciplines pour se soumettre a tous les
caprices de ses enfants. « (Jis) appellent leurs pa
rents les vie.ux, non pas derriére leur dos, mais en
face et en toute affection, bien que Cornelius n'ad
que quarante-sept ans et sa femme huit ans de
finoins. Estimable vieillard, » disent-ils, « bonne
vieille ». Ingrid et Bert, le frls et la filie du profes
seur, sont d'authentiques produits de l'aprés-guerre :
ils trouvent leur meilleur plaisir a scandaliser les
vieilles gens : « Ingrid, par exemple, d'une voix
aigüe, discordante, babillarde et vulgaire, táchera
vallespir 25
•
de se faire passer pour une demoiselle de magasin,
mere d'un fils naturel qui manifeste des dispositions
sadiques ». La scéne se passe dans un tramway. Tres
curieux aussi le type de Xavier, domestique-gentil
homme, paresseux effronté, sorte de La Fléche alle
mand qui s'avére indispensable dans les occasions
difficiles.
Ce qui apparait de plus remarquable dans les
« Confessions du chevalier d'industrie Felix Krull
c'est l'étude d'un cas de simulation de maladie chez
un enfant ; l'analyse est ici profonde et sur ce théme
vulgaire (lequel d'entre nous, enfant, n'a pas prati
qué la simulation pour éviter l'école ?) elle permet
trait de bátir une nouvelle théorie psychologique.
L'explication donnée des premiers vols que commet
le jeune Krull est aussi ingéniense ; il a dérobé des
bonbons dans une épicerie : « ...Ce n'était pas tant
leur qualité qui m'enchantait que la pensée d'avoir
pu transporter dans la réalité ces objets jusque ló,
entrevus par moi seulement en réve, et cette satisfac
tion était trop vive pour qu'il ne me vint pas aussitót
á l'esprit de la renouveler á la prochaine occasion. »
Ainsi Krull place á l'origine de ses vols la satisfac
tion d'un désir purement intellectuel : ce voleur de
bonbons est un chasseur de réves.
« Tristan » est une évocation de la vie de sana
torium ; ce court roman est une sorte de prélude
donné au «Zauberberg »: c'est l'esquisse qui précéde
le grand tablean.
Victor CRASTRE.
(1) Deuxieme nouvelle du recueil qui a pour titre a Dé
sordre ».
26 -srallespir
Leetures Catalanes
L'inútil combat, de S. Juan ATIBÓ
Aquet llibre fá, partida de la serie catalana de la Biblioteca « A tot Vent », Edi
cións Proa de Badalona.
Presentació sensilla, no exempte de bon gust.
Estudi forta d'una ánima revoltada contra les exigencies y les disgracies d'aquet
mon. Lo caracteristic de l'obra, és aquell incessant y inútil insurgiment d'una ánima
rústica, sens religió ni moral, contra el natural de la vida, el treball, l'amor, el sufri
ment, la mort. Aquesta rábia continguda, esclatant un dia, porta en terres estranyes
aquell revoltat qui, després de fer presó, acaba dins els remordiments del crim.
Estil d'una concisió remarcable, hont se revelen págines d'un realisme cru, no exempt de sentit artistic. Genre descriptiu segur, ab linies escasses d'una puresa
clássica. Sensibilitat aguda de sentiments d'una delicadesa extrém, fent contrast ab
un « terre a terre » de concepts verdaderament humáns, mes decadents.
La primera part del llibre és la mes significativa, la mes corprenadora, y cal
felicitar en Juan Arbó d'haber-nos donat una nota justa d'aquella miseria moral y fisica,
hont tots els desitgs se paralitsen, les contemplacións s'enterboleixen. Car aquell infant,
topant ab tota mena d'obstacles a son entrada en la vida, té una ánima contemplativa,
ávida de belleses, impressionada pels paysatges de la desembocadura de l'Ebre, pel
cel vibrant del sol qui tant li falta, per la plaga del poble hont s'esbargeix la maynada
cridanera.
Aquell infant té un fons d'amor qui no se desmostra pels humáns sinó per una
sola persona : sa mare, i no té pietat que per les besties, en lesqual troba la franquesa
qui li convé. Llegiu aquell passatge qui tracta de la mort del goc, y me direu si estén
commogut per aquella t'orca de sentiment : « Quan passá, el carreter, el gosset jugava
més avall, entre les herbes... Mai no m'he pogut explicar aquell desig salvatge, peró, el
fet cert és que el va matar. Us juro que no Ii feia nosa... Vaig correr envers dl amb
no sé quines intencións que en cegaven, i, en fer unes passes, vaig caure estés al mig
del cami... impotent... inútil... Devant meu la fac del carreter reja y s'allunyava plena
de sol... »
Dins la segona part del Ilibre, en Juan Arbó, tot en conservant el cayent realista
del principi, nos dona una impressió de « deja vu » ; la personalitat d'un Careo des
punta alguna vegada, per no citar la nit hont el seu desvalgut s'adorm al peu del mo
nument de Colón.
vallespir 27
Doném•les gracies ben sinceres an en Juan Arbó, per no haver descuydat aquesta
particularitat de la mea : la ven de la terra, l'imatge de la mare qui se lleven en mitg
de les perversitats, deis desenganys, com una.cosa purificadora, com un consol salva
dor. Si la fi del seu heroe és natural, no discordant ab la tonalitat general, haguéssem
volgut que fós un poch redemptora, y sobretot més moralitsadora.
La Vila de Peralada i el Castell deis Roeabertí, d'en Caries RAHOLA
Es un llibre hont esclaten l'erudició y la documentació experimentada d'en Caries
Rahola, ab una fluidesa d'estil qui descansa del galimaties de certs autors moderns.
En Rabola fá obra de ver regionalista, y'l felicitérn d'haver cuydadosament situit
dins la nit deis segles passats, els recorts y les dates histórichs de la vila de Peralada y
del Castell deis Rocabertí, « un deis tresors arquitectonichs de l'Empordá. »
Una seguida de gravats molt ben escollits y encertats, representant la noblesa y
la riquesa del Castell actual, completa aquesta edicio de la qual pot enorgullir-se la
casa : Gráfiques, Darius Rahola de Girona per la seva comprehensio artistiba y la seua
présentació luxuosa.
N. B. — Un deis nostres directors se proposa de fer pareixer, en un proxím
numeró, una estudi més estésa sobre de l'obra completa d'en Caries Rahola.
El vol d'unacal-10, Francesc Pujol (Extret de la « Revista musical catalana Barcelona)
En Francesc Pujol ha tingut la bona inspiració de fer editar una de les seues
conferencies, donada al Palau de la Música catalana, sobra la caneó popular, afegint
aixis una poncella de més a la toya sempre fresca del folklore catalá.
Aquesta obra fou remesa, ab Iota gentilesa, a l'ocasió d'una visita que'l nostre
director senyor Miguel Aribaud t'u ultimament en an Francesc Pujol, a l'Orfeó catalá.
« El vol d'una caneó.... » quin títol més evocador ! « Es com una gran portalada
qui s'obra a la fantasia, » diu l'autor. Rés de tant alat com una caneó nescuda al baf de
la terra, ungida deis perfums de les plantes boscanes, amarada deis ritmes de les fonts
y de les cascates. Aquesta caneó, diu també l'autor, s'escampa per les terres com una
llevor de pixallit, voleyant al grat deis ayres. Volea rés de tant bonich ! Y en Pujol nos
encomana una flayre d'antigor y de poésia ab el recort del joglars escampant llurs
romaneos, y deis captayres difusant els divinos.
Més l'autor orienta « El vol d'una caneó » sobretot vers el treball de tranformacio
qui, a copia d'anys y anys, la desforma ofembelleix, segons que l'instinct müsical y'l
eoncepte poétich son exaltats o decadents ; y, llestant una de les més conegudes can
eons populars catalanes : « El caeador y la pastora, » nos demostra, punt per punt,
ab un criteri segur, la metamorfosa de ses paraules y de sa música d'origen.
El sens deductor d'en Francesc Pujol, la seva passió per salvar la vera poésia
popular, nos valen d'haver retrobat dins aquesta caneó, la puresa y la frescor priniiti
ves y'l regraciem del goig que nos ha procurat.
E. BRAZÉS.
28 vallespir
Les Km/mes
Les Amitiés (Organe des Amitiés Foréziennes et Vellaves)
La belle revue de Saint-Etienne, dirigée par le docteur Louis Rimaud et Jean
Tenant, vient de féter son dixiéme anniversaire. De tous les points de la France, Les
Amitiés ont reçu des témoignages de sympathie, des félicitations et des encourage
ments. Citons entre autres ceux de Henri Pourrat, Charles Sylvestre, Pierre Varillon,
Francis Careo, Charles Maurras, Lucien Dubech, Eugéne Maisan, Xavier de Magallon,
Henri Martineau, etc.
Jacques Copean, le Directeur da Vieux Colombier, présidait le banquet qui réunit
la magnifique « équipe » des Amitiés.
Nous qui n'ignorons pas fceuvre admirable de décentralisation entreprise depuis
dix ans par cette revue, qui se classe au premier rang parmi celles de province, nous
nous réjouissons de cet épanouissement, de cette preuve de vitalité.
...Per molts anys ! confréres d'Auvergne !
*
*
Le 9 décembre le jury de la Revue Les A mitiés a décerné pour la premiére fois le
Prix des Amitiés a Paul Vimereu. Ce prix accordé á un roman d'inspiration régionale
veut étre une réaction contre tous ces prix oil l'intrigue, la brigue jouent le principal
róle. En couronnant un écrivain puissant, auteur de plusieurs romans tels que Clutt le
Hutteux, Le T?sseur du Temps, qui sont des peintures sincéres de la province fran
çaise, la Revue les Amitiés a voulu forcer l'attention d'une critique endormie.
Le Domaine, la belle revue de l'Enregistrement et des Contributions Directes,
nous donne des numéros toujours aussi vivants, aussi variés. Signalons la chronique
des livres, par Jacques Nanteuil et René Duverne.
Le Feu a consacré récemment un numéro d'hommage á Fernand Mazade.
La Revue Française publie d'intéressants souvenirs de guerre par Jean
Maxence. Une belle étude sur l'CEdipe, d'André Gide, par Robert Brasillach.
Charles BADIN.
E.
Pharmacie MONTALT
PEPERTY SUCCR
Pharmacien de :" classe
de la Faculté de Pharmacie de Toulouse
Sia.cc5555u_x.
Inace C É II E'I'
Objets de Pansements — Eaux Minerales
Bandages herniaires — Bas á Varices — Ceintures
Anal yses Chimique et Médicale
véséphone 10 - - C. C. 44,0 Toulouse
A RLES-SU R-TECH á 3 hit" d'AMÉLIE-les-BAINS
Ilitel-Resturaut des
P. SOLA, propriétaire
Réputé pour sa bon.ne cuisine régionale
ses produits du pays sa cave
Confort moderne — Garage — Téléphone N. 9 — Bottin
Maison recommandée par le Touring-Club de France
FABRIQUE BE S1ÉGES EN B018 CRIBÉ
Porte -Chapeaux
Porte-Manteaux
F. CODINA
CÉRET
(Pyrénées-Orientales)
GRANO CAFE DE CERET
Louis VIESTRE
1Propriétaire
Consommations des lres marques
BOTTIN — Téléph. 55 — BILLARDS
CHAUFFAGE CENTRAL
Rendez-vous de MM. les Voyageurs et Commereants
Centre des affaires
AMÉLIIE - LES- BA11TS
Etablissement PUJAIDE
OUVERT TOUTE L'ANNÉE
GRAND T4OTEL.
l'out confort moderne
Diplómé du T. C. F. et A. C. F.
11-1ERMES PUJPIDE
Spécialité de cure thermale d'hiver
RENSEIGNEMENTS ET BROCHURE SUR DEMANDE
U..
_
LA PLUS ANCIENNE C'e D'ASSURANCES
CONTRE LES ACCIOENTS
Assurances bus risques
Agent General : i0Seph SORS
(Oilut qr
E
EXIGEZ le
Choe.olat Cantaloup Catala
C'est le meilleur !
En yente dans toutes les bolines Maisons d'Alimentation
Téléphone 20
A. BERGUERAND
BATTENDIER
Directeur-Gérant
lEA1.1 COIJIIANTE
CHAURE'et FROME
dans tontera les chambras
aJarteJ-Yartízej
Agent general :
HOTEL DE FRANC
Propriétaire
'FÉLÉ11.110NE
29, Avenue du Vallespir
AMÉLIE-LES-BAINS
R. C. Perpignan (Pyr..0r.)
LE GRAND HOTEL AMELIE-LES-BAIN S
DES THERMES ROMAINS
Relié intérieurement a l'Etablissement Thermal
Na situation Unique clanes Amélie-ies-Hains
Son immense ia,c Flet11.1 et Ensoleillé
0000 ISa Cuisine Renommée o o oo
oo o o o bes 1Prix Modérés o o o o o
Dernier Confort Moderne * Eau courante chancle el froide
Chantrage Central - 11 Tennis — Garage-fosse
TÉLÉPHONIE N* 13
Maisons Correspondantes :
SPLEIVDIDES RO YAZ. HOTELS
Saint-Gervais-les-Bains (Haute-Savoie)
ROYAL-HOTEL
Channonix — Mont-Blanc (Haute-Savoie)
GRAIVD HOTEL DU PARC
Aix-les-Bains tSavoie)
Langoustes vivalúes
Ouverture toute rannée
Capomaccio
PORT-VENDRES
L'Un. MATE
Cie crikss-urances
Incendie
Vie
Accidents toas risques
Electricité Chauffage central
4. DANYACH
ARLES-SUR-TECH
RECOMMANDÉ RE STA.URAN
par Reptas ti prix fixe, ti la curte
T. C. F. et U. N. A. et sur commande
(Ex-HOTEL BACH)
Grande Fabrique de Boissons bienes
BIERES 8c SIROPS
TOULOUSE 1908
Médaille d'Or
JE"• -ViLiC0/11L
iLuE= s=13zu[INTs
JET'
Téléplione 0-30, Amélie-les-Itains
CAVE DE L'AM
RAIMONDO, Sucr
13111a,rels
JEAWt
(Pyrénées-Orientales)
Téléphone
LE MEILLEUR CAFÉ
MERCERIE - - WITAUTÉS
1/1alson
JERRE, jEAll
11, Boulevard Maréchal Joffre
n
(Pyr.-Or.)
TURIN 1911
Médaille d'Or
AMÉLIE-LES-BAINS
53me Année LIBERTÉ — JIJSTICE Le Numero : 25 eentimes
LE couRRIER DE
ET DES PYRÉNÉES- ORIENTALES
Journal Républicain, Agricole, Littéraire et d'Annonces judiciaires et commerciales, paraissant le SAMEDI
ABONNEMENTS
Céret, Département et limitrophes, 10 fr.
Intérieur el Algérie, 15 fr.
Union postale, 20 fr.
RÉDACTION Sz 14UREAUX
12, Rue Saint-Ferréol, 12
CÉRET
Téléph. 35
ANNONCES
'
Judiciaires, 2 fr. 2.5 la ligue
Commerciales et diverses, de 1 f. 50 á 3 f. la ligue
Annonces économ., O fr. 75 la ligue (nainim, 3 1.)
l I 1
ADRIEN
—1 14-r0T'EVi, ‘ & CIA_Vit
Malo 11,
al. 1
PHARMACIEN-CHIMISTE
Lauréat
CU1SINE
o o o SOIGNÉE
CI
lifindirphil
1ILai ii mi
de la Faculté de
Prix Jean DIACON
L--1 ti) Lit La 11D
Montpellier
Reg. Con. Céret 157
.1_,_
TAUL2RE
i=i
ANALYSES — ORDONNANCES — SPECIALITES
ACCESSOIRES
1 S, Boulevard Maréchal «Joffre
cnrr
:aau IPERTI-11USK.,
Consommations
o de Marque o (Pyr.-Or.)
fFrontiere d'Espagne)
Sociele" Illarseillaise de Crédit
Industrie' et Commercial et de DépAts
BANQUE FONDEE EN 1165
Société Anonyme Capital 100.000.000 entiérement versés-Réserves 53.695.000
jiége Social : MARSEILLE — Succursale : PARIS
LE COURRIER DE LA PRESSE
lí
LIT TOUT "
" RENSEIGNE SUR TOUT "
CE QUI EST PUBLIÉ DANS LES
.
JOURNAUX, REVUES ET PUBLICATIONS
DE TOUTE NATURE
PARAISSANT EN FRANCE ET A L'ÉTRANGER
Bureau CtERET, Boulevard Maréehal Joffre, 28 et en fournit les extraits sur tous sujets et Personnalités
Ouvert tous les Jours
Toutes Opéralions de Llague et de Titres
FONDÉ EN 1889
Circulaires explicatives el Tarifs envoyés franco
21, Boulevard Montmartre, 1Paris (2.)
en. 11)UIN10 C>r-F, Directeur
gitati/óÓareó ectn
_
C 1(4R_ET
AMÉLIE -11AINS
Grand Etablissernent Therrnal
DES
Lames itomaills
Ouvert
toute
l'année
S Sources
PiSCine allo-Romaine
).;lassee Monument Ilistorique)
Grand ]Pare it la disposition des Baigneurs
Traitement du Rbumatisme sous toutes ses formes,
des Affections des Voies respiratoires supérieures, de l'Anémie,
de la débilité générale, etc...
«
L.
3, Rue du Tea
ArtIÉLIE-LES-BAINS
9rous le S Wissus — Soieries
nonneterle
Costumes nomirnes et Dame% sur Mesure
Les Magasins les rnieux assortis de la région
Acketez vos espadrilles
Aux Ouvriers Réunis »
COOPERATIVE DE PRODUCTION
Rue du Conzmeree — CÉRET
11¦11~1•1••¦
CHAUSSURES EN TOILE EN TOÚS GENRES
'1114AVAIL. SOIGNÉ
VOti-e COMptabilité
remplit - elle tout son róle ?
Etes-vous en régle avec le fisc ?
Si oui, c'est parfait. -
Si non, consultez le spécialiste,
ji saura vous conseiller utilement.
Vous éviterez bien des ennuis.
Jacques MARMAYOU
Expeet comptidde (e• d. S. C. 1`.)
5, Rue de l'Horloge Téléph. : 8-95 PERPIGNAN
lmprimerie et Librairie Classique L. LAMIOT
LE COURRIER CERE'T
Journal Républicain, elgricole, Litteraire et d'Annonces, paraissant le Samedi
Toas imprimés admirlistratifs & Commerciarrx
Tozzfes Fournitures de Bureetux F cAITE
_
_ SUCUR
12, Rue Saint-ferréol, 12
C LRET (Pyrénées-Orl's)
Téléph.: 75 In Ch. Post. Toulouse 4541
Tous les Tissus Nouveautés
co1»
11CV,-Yfr ess
G
Le meilleur linge
La plus importante Maison du Vallespir
JULIA, FERS CERET
ARTICLES FUNÉRAIRES - MODÉLES CHOISIS
COURONNES — GERBES & BOUQUETS EN PERLES FINES
CROIX & N'ASES EN FONTE — ENTOURAGES DE TOMBES
ASSORTIMENT COMPLET
d'Artieles de Ménage, de Chauffage et d'Éelairage
Rayons spéciaux d'articles utiies et fantaisie pour Cadeaux
PARFUMERIE MADILI
fle tollette
nuilreá ,-1-tefte,t' ile igavun
Elara linippg • " LA 1-YALn "
Houppe m8upp0 DILYTt
E. BRAzts fabricant, 17, 13d Maréchal Joffre
cËiihIEnr
PAPIER A
ai
A
TRESSES
LACETS
Descripció
| Puntuació | |
| Títol | Vallespir. Année 5, num. 1 (gen.-mars 1932) |
| Descripció | Informació addicional del títol: Revue littéraire & artistique. Continuada per: Revue de Roussillon. Darrer núm. vist per Torrent/Tasis: anné 5, no 3 (mars 1932) |
| Matèria | Cultura catalana -- Vallespir -- Revistes ; Art -- Revistes |
| Títol addicional | Revue de Roussillon |
| Editor | Biblioteca de Catalunya |
| Data de publicació | 2009 |
| Data del document original | 1932 |
| Tipus de recurs | Text |
| Format | |
| Font | Publicació original: Céret : [s.n., 1927-1932] (Céret : Impr. F. Casteil); Comença: Année 1, num. 1 (oct. 1927)-Année 5, num. 2 (avr.-juin 1932) |
| Llengua | fre ; cat |
| Relació | http://cataleg.bnc.cat/record=b1484220~S10*cat |
| Gestió de drets | Còpia permesa amb finalitat d´estudi o recerca, citant la font "Biblioteca de Catalunya". Per a quaselvol altre ús cal demanar autorització. |
| Productor | Docout, S.L. |
| Dispositiu de captura | Bookeye BE3-SCL-R1 |
| Resolució | 150 ppp |
| Compressió | JPEG, compressió baixa |
| Definició | 24 bits |
| Característiques físiques | Original ; 32 cm. |
| Història de canvis | Imatge original TIFF, sense compressió, a 150 ppp |
Descripció de la pàgina
| Títol | Année 5, num. 1 (gen.-mars 1932) |
| Transcript |
VaUespur CHRIST DE L'EGLISE DE LA TRINITÉ PAR FRANCOIS SALVAT JINUER-IIMIS 1932 - Se =le - 1 - PRIX : 5 Frailes pr E -II vallespir revue trimestrielle de littérature et d'art trance - catalogne e ére t (pyrénées-orientales) DIRECTEURS : MICHEL ARIBAUD - CHARLES BADIN COMITÉ DE RÉDACTION : Jean AMADE, lEdmond IMAZÉS, Pierre BRUNE, Pierre CAMO, Victor CELAS-1'1'14E, Carlos de LAZ1ERME, MANOLO, Ilenry IUGIIART. Ilenry NOIELL, Joseph-S. PONS, Frédéric AISSEIC, Francois "IESSEIltRlE. Joseph-S. PONS Pierre CANO Félix PEIX O. SALTOR F. TRESSERRE Edmond BRAZÉS Esteve CASEPONCE Simone GAY Pau BERGA Victor CRASTRE E. BRAZÉS Charles BADIN Le Gérant, F. CÁSTEIL. sommaire Fi-anee et Colonies, Etranger, Chéques Postaux 4541 Toulouse Esquisse du Haut-Vallespir La Dame á la Rose Le pare abandonné Marie SOngeries L'amor en el paisatge Simple carte De la Costa d'Argent El Castellás Mollá d'agost Amort libre La Mort a Venise - Tristan - Désordre Lectures Catalanes Les Revues Couverture de Francois SALVAT Illustrations de Camille DESCOSSY et F. BASSOULS .11.33401\TNMMni\T"TS : un an 20 fr. 25 fr. Téléphone : 14 CÉRET, Imp. F. CASTEIL la grande alcaline des Pyrénées pour le FOIE l'ESTOMAC l'INTEST1N le DIABÉTE, l'ARTHRITISME les FIÉVRES PALUDÉENNES EAU DL u I nillo DOUANES - TRANSPORTS - TRANSIT la Touring Club de France, da Real Automovil Club de Cataluna, de l'Oilice Francais da Tourisme de Barcelone LE PERTHUS (Pyrénées-Orientales) France Téléphone N• LA JUNQUERA (LIMITES) Province de Gérone — ESPAGNE lréléphone N• 4 LT MAISON FONDEE EN 1880 AGENCE EN DOUANES Correspondants á PARIS — CETTE — CERBÉRE — PORT-BOU — FIENDAYE IRUN — BÉHOBIE — MENTON — VINTITIILLE — GENEvE — BOULOGNE-SUR-MER DÉLÉGUÉ MAISONS O LE BOULOU (Pyr.-Or.) Téléphone ZXGC9CB`-'ae~XG V71') 023 o ,WA,~9~.-7játve\I PERPIGNAN CASSU a CALAS : Quai Sadi Carnot l'éléphone N• 7.'13 Orgauisation Tenue Mise á jour Vérilications Fidueiaire du Sud-Ouest II PERPIGNAN Café de Fía:otee 13 Pharmacie F. BffilibIE TÉ1,. : 31 de tules comptabilités 1~ INVENTAIRES BILANS Rue Camine St-Sa'éns Rue du Commeree CÉRET Flharrnacie d'ordonnanees Labor atoire d'analyses -: cEitirr JEAN DELSÉRIEYS Propriétaire Rendez-vous des "rouristes — Sportsmeu — SToyageurs 113iere de Champigneulles Consommations de Marque TISSUS-DRAPERIES-TOILES MEUBLES Maisorz BATLLO DELOBT el S" 29 et 32, Rue Saint-Ferréol oci2Liturr Cliaussures 'frenazos trine des 'l'hernies 121_311h: 1LUE=1LlES=11311CI1NS Les plus beaux modéles Les meilleurs prix BILUARD Dépót exclusif des Marques UNTO et A1UORE O, 1$ vi LOTION Industriels Commerçants I... SOYEZ DE VOTRE SIÉCLE !... Employez la Pour tous renseignemenls, s'adresser á la Stadard Brevete S. G. D. G. La seule comptabilité vraiment sans reports Demandez tous renseignements F. CARPENTRAS Organisateur-comptable Rue Camine St-Saéns PERPIGNAN Agent general D'AMELIE Sulfureuse trY Naturelle )ig < slwt Mise en flacon et traitée aux sources mémes des Thermes Romains d'AMÉLIE-LES-BAINS Contre les pellieules, la chute des cheveux et toutes les maladies du cuir chevelu Aromatisée a la Lavande des Pyrénées Grade Parfufferie Parisiene d'Amélie.les<.Bains 55, 1=t-u.e des Ther-r-rre, 55 Waion Vadee en 1876 eXZW''WV).(W I I YbJY La plus ancienne be ta Place 12)Z9Z)..11Z(GeXGC114:1.L54:9: vallespir Esquisse da Hamt-Vallespir commence le Haut Vallespir ? Est-ce á Palalda ? Est-ce au Pas du Loup ? Toutes ré ponses me seraient bonnes si elles écartaient résolument A,mélle, paree qu'elle appartient á la carte des stations thermales. Servante ou coártisane, elle attire les belles de Palalda. Elle laisse dans la montagne des vieillards anxieux du départ de leurs falles. Elle ruine des villages oil les tuiles tombent misérablement sur les poutres. Enfin, le souffle des eaux sulfureuses y ternit la monture d'argent des hématites. Mais on done commence le Haut Valles pir ? Si je n'écoute que mon sentiment, qui vaut bien les données de l'altitude, ce sera au pont qui méne á la rive d'Aries. Un instant, le regard s'y noie dans la profondeur d'une prairie. Ce mouchoir d'émeraude est un signe indicateur. Désormais, les prairies nous accompagnent jusqu'a la naissance de la vallée. Parfois elles forment un long ourlet entre deux chátaigneraies, une déchirure, des ressauts de plus en plus élargis, indiquant ainsi la course des fontaines que l'on voit sans en entendre la rumeur. Elles s'exposent sur les hauts versants. Elles glissent en nappe autour d'une masure. Elles dé bordent de la ligne franche d'un taillis et tombent dans la riviére, avec les loutres et les rats d'eau. Le plus souvent elles portent des pommiers avec une aisance qui tient du prodige. 11 est vrai que le pommier est le plus docile des arbres. Quand vient 1 septembre, on voit paraitre sur l'herbe renaissante des meules dont le col se termine en forme de goulot ; leurs familles vigilantes s'y dispersent, comme si on leur avait confié la garde des fruits. Et ce spectacle bucolique se renouvelle sur plus de cinq lieues, juSqu'a Prats-de-Mollo, petite ville a laquelle les prairies ont donné leur nom. Je dois ajouter aussi que ces prairies se trouvent parfois refoulées au pied d'une montagne inexorablernent nue, et que la et la des noches oxydées menacent de fermer le défilé et s'entétent a fixer le soleil, tandis qu'elles plongent dans le tourbillon d'un gouffre. Ainsi le Haut Vallespir n'a pas la somnolente humidité des régions semblables. Un pur climat pénétre ses pentes. Les convois de mules y traversent les torrents et dis paraissent sous les feuilles. Sur la place des plus hauts villages, on fabrique des espadrilles aux lacets noirs, ouvertes aux talons, afin que l'air y glisse ; les rues y joignent leurs pentes et leurs détours. Le Haut-Vallespircommence encore dés l'ins tant oti ron voit se lever les deux clochers d'Aries, et ce doit étre au pont dont j'ai déja parlé. Celui de la basilique a d'in nombrables ouvertures sur ses quatre 2 vallespir faces. Plus haut, celui de Sant-Salvador est un campanile sombre. Ces deux clochers se situent en deça et au-delá de la place d'A des. La place d'Aries -est un lieu qui répond á mes souhaits, bien qu'elle soit irréguliére. Elle semble enchantée dans le souvenir des fétes. J'aime beaucoup ses auvents portes sur des colonnes, les ruelles en pente qu'elle reçoit, ses façades calmes, cette niche d'un bléu vi f, -cette fenétre dont les vitres reflétent l'otnbre noire -d'un intérieur. Mais quand je gravis le large escalier qui la domine, il me semble qu'une brise m'effleure l'esprit. Est-ce paree que le pas est plus ferme sur le granit ? Est-ce le contact de cette simple rampe fer ? Ou bien encore un ordre limpide de pensées doit se former dans un rappel de sensations oubliées, heureuses de renaitre, eL je ne les connais pas -encore. Ces explications peuVent me satisfaire, mais une part d'inconnu demeure intacte si je pense aux .joules qui ont gravi cet escalier. La cour fermée ou tnéne est faite pour décevoir. 11 y demeure un silence gris. Tout au fond, le sarcophage se confond avec le mur auquel il se trouve adossé, et dans sa cavité une eau miraculeuse nait d'elle-méme. Entendez-vous les paroles de la Sibylle ? Croyez vous á la nécessité des énigtnes ? Alors, une plus haute pensée se propose. Le tombeau qui porte le monogramme du Christ réduit en une image la -création prodigieuse dans le néant. Au savant qui sourit, le tombeau obstinément fermé répond que sa vue est courte, et le dialogue millénaire se pour suit, méme si le couvercle soulevé a laissé entendre ce souffle : Nada ! Notreémotion fait paraltre plus belles les pierres sacrées. Ce culte d'un sarcop- bage et quelques autres indices semblent prouver que l'abbayé d'Aries s'est fondee sur les ruines d'une basilique. On voit au dessus de monolithe du portail une croix grecque Avec les symboles nimbes des Evangélistes ; une fenétre formée de quatre pierres sculptées rappelle les monuments de Ravenne, mais j'avouerai que j'avais d'abord rapproché leur ornementation des plagues de cuivre quii protégent le front des mulets. Car c'est devant le cloltre que l'on vient les bénir:Un rinulet a transporté des rives de la mer jusqu'au monastére les reliques des Saints. Precipité de la hauteur du Ribamala par son conducteur, il continua sa route dans les eaux du Tech, et l'assem blée des bénédictins accueillit a genoux les barri ques sacrées. C'est pourquoi les mulets de ces mon tagnes peuvent courir la tete haute au-dessus d'u búas nervéux qui les retient. On dit aussi qu'a l'arrivée des reliques, des •étes puantes et fort agiles qui pénétraient jusque dans les maisons s'enfuirent dans la montagne en • ululant, comme pour démontrer qu'elles incarnaient réellement l'esprit du mal. Aujourd'hui, ces mons tres cynocéphales demeurent sculptés sur le portail de la basilique et sur querques façades de la rue San t-Salvado r. Le cloitre d'Arles doit avoir été purfflé par la méme occasion, car il est dépourvu de tout bestiaire. On y entre en traversant la basilique, mais une autre porte y méne, au fond d'une rue déserte, et trois ou quatre degrés y tombent comrne dans un admirable bassin. Les toits de vieilles tuiles et de rares fenétres, le clocher voisin et la montagne entrevue se penchent au-dessus des colonnettes de marbre gris. Tout cela est si familier que l'on cher che á découvrir un pot de basilic ; il y serait sans doute si les enfants ne venaient tourner a travers les galeries. Ce cloitre accueillant, place au creux de la ville comme un nid, me donne la mesure de l'esprit d'Arles ; la pomme paradisiaque y laisse une haleine féconde, qui flatte les deux jéunes rois de Perse, A,bdon et Sennen. En revenant de la fon taine des Buis, qui coule sur l'autre rive du Tech, j'ai vu des paysans cueillir des figues noires dans l'ombre, et j'ai admiré les longs cils d'une jeune fille. Ces Arlésienties glissent d'une porte á l'autre, comme des tourterelles, avec une clarté bleue. On a tracé á la craie ce simple mot sur plusieurs portes : « Sérénade ». Et toutefois je n'ai entendu que l'horloge de Sant-Salvador dans la nuit ; elle a un son plus recueilli au fond de la vallée ; quand le jour est venu, l'appel strident d'une scierie essayait de percer le brouillard de la riviére. * Prats-de-Mollo est la seeur d'Arles, mais comme elle se trouve sur une hauteur oil elle est différem ment éclairée, elle paran plus sérieuse, et peut-étre en souvenir des tisserands qui s'y étaient groupés, il y a beaucoup plus de bure sur ses facades. Les dents blanches des Esquerdes de Roja apparaissent tout au fond, et la vallée expirante est bien Pimage d'une frontiére, quoique ses plus hauts sommets ne la séparent que du Conflent. Aucune ville du Roussillon n'a la dignité que je trouve ici, et cette décision a laquelle ji faut bien se plier. On traverse un vieux pont, la passerelle d'un torrent ; on se repose sur la terrasse de la Font deis Capellans et on regarde : Prats-de-Mollo se montre claire et forte dans la diversité de ses plans, avec je ne sais quoi d'indifférent dans le regard. Elle est suspendue sur la pente d'une montagne nue oil elle a avancé un fort qui ressemble á une métairie. Au dessus des faeades qui suivent la vallée dans sa Ion gueur, mais sur un plan incliné en sens contraire, l'église s'éléve massive, comme une assemblée de hautes gerbes. Un peu au-delá, d'autres maisons se trouvent écartées par un torrent. Elles sont rouillées, noires. Elles s'épaulent les unes sur les autres et enchevé trent leurs auvents jusqu'a former une sorte de dóme obscur. L'ensemble est d'une force calme qui en réduit la mélancolie. Je voudrais aussi faire sentir cette qualité spéciale de l'air, ce dur sommeil de Pair de la montagne, cette lumiére grise que les chátaigneraies peuvent-aspirer sans déchoir, lorsque l'approche de l'automne y est á peine perceptible et couve comme un feu secret dans toute l'épaisseur des bois. II me vall_espir semble que cet air accorde une pensée durable aux pierres. Au bout du vieux pont jeté sur le Tech, une fontaine porte le symbole de la ville, sculpté en 1610. C'est un écusson ovale oü voisinent Sainte-Juste et Sainte Rufine ; au-dessous figurent une brebis et un beeuf. Presque a cóté, j'ai lu cette inscription gravée au centre d'une niche : « Aqui morí andreu voyer desta vila als 21 abril 1713. Preguian a Deu per eh l ». Les deux Saintes, les troupeaux, la mort tem porelle, telles sont les penséés de Prats-de-Mollo, comme elles sont exprimées par le son fondu de son horloge. Cependant la petite ville a une histoi re presque indépendante. C'est dans les détours de ses monta gnes que se sont formées les preiniéres bandes de miquelets et d'angelets, quí se rangeaient sous la banniére de Saint-Michel. Quelques années aprés le traité des Pyrénées, lorsque l'on voulut étendre au Haut-Vallespir Fimpót du sol, ces soldats de fortune se portérent au Pas-du-Loup, ou jis tinrent en échec les troupes de Franeois de Sagarra. L'un des chefs de ces volontaires chaussés d'alpargates, Joseph Trinxeria, prit part a la conspiration de 1674, qui prétendait rendre le Roussillon a l'Espagne. II inquiéta les petites villes de la plaine, défendit Puigcerda, mais ji fut abandonné par ses hommes, lorsque Parmée du maréchal de Noailles se porta devant Camprodon. Le souvenir de Joseph Trinxeria et de ses miquelets est aujourd'hui perdu. On com prendrait á peine les sentiments auxquels jis obéis saient, et Phistoire s'efface devant une seule tradi: tion, celle de la venue des deux Saintes. Elle nous fait d'ailleurs remonter á l'origine de Prats, s'il est vrai que les bénédictins d'Arles y établirent d'abord une manse et une chapelle sous l'invocation de Juste et de Rufine. Un grand vieillard m'a dit qu'á leur 4 vallespir arrivée les deux sévillanes demandérent le chemin d'une source aux moissonneurs. Ceux-ci leur indi quérent par moquerie le sommet de la montagne qui porte la ville sur ses flanes. Elles la gravirent sans effort et elles y firent jaillir une source entre deux pierres. On sait qu'il n'est pas de meilleure preuve de sainteté. De retour a Prats, elles veulent s'abriter dans une auberge, en offrant leurs épis pour prix de l'hospitalité. La mauvaise hótesse exige d'abord que leur blé soit vanné, et il n'en sort pas un grain de poussiére. Les jeunes saintes versent encore le vin de l'hótesse dans le van, et l'eau qu'elle y a ajouté se sépare du jus de raisin, en présence des villageois rassemblés. Enfin, dés que les deux vierges s'ins tallent dans la petite ville, celle-ci est débarrassée de toute épidémie. C'est rendre au ciel les bienfaits d'un climat salubre. En tous cas, je puis attester que j'ai vu le pharmacien de Prats, inclinant sur l'épaule le plus fin des visages, somnoler devant sa porte. Les deux fiancées du Seigneur possédent ici un grand retable dont les haldaquins montent juqu'au sommet de la nef. Juste et Rufine, entourées des tableaux sculptés de leur légende, tendent leurs palmes onduleuses de chaque cóté de leur niche, avec le méme geste des princes d'Arles. Si vives et majestueuses, elles commandent la sympathie. Quant aux scénes de la légende, elles doivent avoir été prises sur le vif, car la Corporation des Tisserands avait coutume de représenter a l'entrée de l'église le Martyre de Juste et de Rufine, et la piéce avait moins l'apparence d'un Mystére que d'une Comedia a l'espagnole. Si je prenais la peine de décrire les retables voisins, on verrait que cette église est vouée a l'hagiographie populaire. Les mes qui y accédent son't de larges escaliers de pierre. Elle ne se trouve si élevée que pour mieux étre aperçue des fermes disséminées sur le dos des mon tagnes. * 4, La merveille de Prats-de-Mollo est la me qui la traverse dans sa longueur, du levant au coucharit. Elle est quasiment intacte, et comme la route du Haut-Vallespir meurt a deux lieues de la, dans le pauvre défilé de la Preste, on peut encore s'y pro menera loisir. •D'abord étroite, elle élargit a droite le carré d'une place, s'évase plus loin comme un lys pour former une nouvelle place, éléve le toit de ses maisons brunes, et tourne en glissant sous la porte d'Espagne. La plupart des maisons, méme si elles sont restaurées, indiquent leur date au-dessus de la porte arrondie. Beaucoup portent des balcons assez larges, qui parfois savent tourner sur deux ou trois faces, autour de l'aile de l'auvent. On voit au milieu de l'un de ces balcons s'élancer une longue tige termi née par un pavot de fer. Ornement héraldique et pyrénéen, inspiré peut-étre par le lys martagon, cette fieur aux taches de rouille. La géométrie de la ville se déploie sous ces mirandes. J'imagine le bain d'air frais qui faisait plus vives les belles penchées pour voir s'avancer la procession des Saintes ou la mascarade de l'ours, ou bien encore, et plus loin dans le passé, les miquelets de Catalogne. Mais ce ne sont point des balcons du romanesque. Si le voisinage de l'Espagne nous inclinait a cette illusion, les façades sobres seraient la pour nous détromper. Tout• est calme a Prat-de-Moho. Les pensées doivent étre claires sous ceclimat, peu nombreuses mais choisies, les passions modérées, et nullement exemptes de calcul. II n'est que de retourner aia Font deis Capellans. Aujour d'hui, des soldats convalescents l'ont appelée Fon tome de l'Amour, paree qu'elle est un peu écartée, au crépuscule, mais je penche pour la premiére dé nomination ; elle est plus malicieuse. Des fenétres de Prats, on pouvait apercevoir au temps de la moisson les prétres assemblés autour de la meule placée en guise de table. lis se tenaient la jusqu'a la sonnerie de l'Angélus. II y avait des théologiens, des missionnaires, des hébraYsants qui connaissaient les paysages de la Bible ; tous aimaient leur langue catalane, qu'ils écrivaient avec fermeté. C'e,st devant cette meule que Mossen Jaume Boixeda découvrit l'inspiration de quelques églogues. Je ne sais rien • de plus sage que celle qu'il consacra aux vergers de cette vallée. O) Elle peut me rappeler une gravure de Poussin. 11 y régne un plaisir modeste, et n'est-il pas charmant de voir la pastorale naitre sans effort, sans défaut, dans un lieu qui en a conservé la parure ? On ne com menee la récol te des pommes á Prats qu'a la fin septembre, lorsqu'elle est á peine termi née dans les prairies d'Aries. Et d'abord, le petit (1) On la trouvera dans la belle Anthologie Catalane de Jean Amade (Cornet 1)08). 5 train électrique verse dans la grand'rue des grappes de montagnards qui ont fait la vendange dans la plaine. lis regagnent leurs métairies, en deçá et au-delá de la frontiére. Ce ‘sont des groupes patients, que conduit une seule pensée. On se trouve retenu par la parcimonie de leurs gestes. Quelque garçonnet s'attache aux pas de son pére. 11 a des yeux de fouine et de longs cils sous sa casquette noire, une culotte longue et étroite de velours sombre. La sceur ainée est aussi sobrement vétue. Maintenant ils vont entasser leurs fruits dans des corbeilles, gauler la chátaigne, et nul ne connaitra leur vie isolée quand l'automne fera flamber les pentes. Et cependant les métairies renouvellent leurs gerbes au-dessus des bois, oil elles se tiennent doucement éclairées. Joseph-S. PONS. 6 va,llespir La Dame it la Rose Ma cousine de ,Barcelone, c'est la méme qui vint nous voir - en voiture de poste, un soir, il y a ?le cela, non cceur, combien d'automne.s? -C'était une folie el mince jeune filie vétue en rnousseline rose, et qui portait a sa mantille une .rose. 1— 'feint poudér,, páleurs. de j asmin, -et lévres peintes de .carmin, h avec le Tea des plus beaux yezi-r deti'4nonde,. lid composaient une beauté qui n'eüt pus il'OUVÓ de seconde polo l'amouretix qu'en d'azares tempsfaurais ?té. Ala Cousine que j'eusse aimée si vous n'aviez ?té de si loin. MOTI ainée, lorsque je vous luí retrouvée - plus tard, vous' étiez mariée, et vous viviez dogns le mystére et la fralcheur d'1112 palio tala ..• en co.lonnes roses et jaunes. Il y- avaitcles oranyers • en /Mur; des pigeons autour d'un jet d'ecky, - une voliere d o oit clozinien4des,oiseaux de toutes les couleurs, et'deá glycines en guiriandeS aux arceaux. Vous y receviez les visites, et ron faisait collation de pátes de goyave et de fi,ques confites tout en. laissant Mier la conversation. Vous aviez pour sortir un joli attelage de mides a pomponš, a colliers de grelots et qui vous emportaient au trot de cet élégant équipage sous les ombrages de la vieille Alameda l'heure oit tout le monde -est la. Et vous portiez toujourá 12 la- mantille éclose la méme rose ! Depuis, on ne s-lest plus revu ! Ainsi parfois tout .est perdu, ou paralt l'étre pour le moins, entre parents quand jis sont loin. Mais votre souvenir n'est pas deceux qu'on tete, et depuis ce vieux temps oil vous étiez venue, M011•ca?ur a gardé le regret de son secret, qui fut, Image chére en, moi-méme enfermée, de vous avoir, fe crois, aimée 1. Pierre CAMO. 8 7")°19-41-n5, -va llesq)ir Le pare abandonné Cette maison vendue et ce pare dévasté qui furent la propriété d'une grande famille éteinte ou dispersée, comment en soulfrir la pensée sans un déchirement affreux, en revoyant quels parvenus tiennent la place de cena qui rie sont plus ? La maison était du temps de Louis-Philippe, aVee un grand apparternent donnant sur un anejen pare romantique oit se perdaient par les feuillées de mystérieuses allées. Entre les herbes el les mousses, sous un pont de roses en fleurs, courait un beau canal d'eau n'once 0,72 bragé de saules-pledreurs. Une fontaine qu'un viedv lierre allait dégradant pierre a pierre murmurait solitaire en des bosquets secrets. Mais la merveille était un rond-point de cyprés fc |
Etiquetes
Afegir etiquetes per Année 5, num. 1 (gen.-mars 1932)
Comentaris
Afegir un comentari per Année 5, num. 1 (gen.-mars 1932)
